Les banques européennes se recapitalisent sans l'aide des Etats

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Les 31 banques considérées comme insuffisamment capitalisées par le régulateur européen avaient jusqu'à vendredi pour transmettre leur plan de renforcement, une étape que toutes ont franchie en usant de multiples mécanismes pour éviter les appels au marché ou de recourir à l'aide des Etats.
Les 31 banques considérées comme insuffisamment capitalisées par le régulateur européen avaient jusqu'à vendredi pour transmettre leur plan de renforcement, une étape que toutes ont franchie en usant de multiples mécanismes pour éviter les appels au marché ou de recourir à l'aide des Etats. — Carl Court afp.com

Les 31 banques considérées comme insuffisamment capitalisées par le régulateur européen avaient jusqu'à vendredi pour transmettre leur plan de renforcement, une étape que toutes ont franchie en usant de multiples mécanismes pour éviter les appels au marché ou de recourir à l'aide des Etats

Début décembre, l'Autorité bancaire européen (EBA) avait chiffré les besoins à 114,7 milliards d'euros, ne pointant que 31 des 70 établissements passés au crible.

L'exercice devait être achevé fin juin 2012, chaque banque affichant alors un ratio de fonds propres "durs" (capital et bénéfices mis en réserve rapportés aux crédits accordés) d'au moins 9%.

A elles seules, l'espagnole Santander, l'italienne UniCredit et l'allemande Commerzbank concentraient environ un quart de l'addition.

Placé au pied d'un mur de 15,3 milliards d'euros, Santander, première banque de la zone euro par la capitalisation, a joué d'une série de leviers pour l'escalader.

Elle a notamment comptabilisé comme fonds propres 6,8 milliards d'euros d'obligations convertibles en actions et vendues aux clients des réseaux de banque de détail.

Au total, cette modification comptable, la possibilité de verser le dividende en actions, la cession de quelques participations et la conversion d'actions de préférence en actions ordinaires ont permis de répondre aux demandes de l'EBA, en y ajoutant les résultats qui seront mis en réserve.

Santander s'est même épargné un appel direct au marché, alors qu'UniCredit a été contraint de lancer, début janvier, une augmentation de capital massive de 7,5 milliards d'euros.

Garantie par un pool d'investisseurs institutionnels, il est déjà établi que l'opération sera un succès, avant même sa clôture, le 27 janvier. Après s'être effondré de plus de 40% en Bourse, le titre Unicredit a depuis rebondi de 45%.

Les choses semblent en bonne voie également pour Commerzbank, qui a annoncé jeudi avoir déjà effectivement couvert 57% de ses besoins. La deuxième banque allemande ambitionne désormais de dépasser d'un milliard l'objectif assigné par l'EBA (5,3) grâce à des cessions d'actifs et des résultats mis en réserve.

La seule inquiétude est venue cette semaine de l'italienne Banca Monte dei Paschi di Siena (MPS), annoncée aux abois jeudi par le Financial Times, qui évoquait sa possible nationalisation partielle devant son incapacité supposée à satisfaire l'EBA.

Mais le conseil d'administration de la banque a validé jeudi un plan de renforcement des fonds propres, qui prévoirait notamment la conversion d'instruments hybrides, la réduction des actifs risqués ou des cessions d'actifs immobiliers.

Quant aux banques françaises, toutes n'avaient pas encore transmis vendredi leur plan, selon des sources concordantes, mais l'ensemble de leurs caractéristiques étaient déjà connu de longue date.

Outre les outils précités qu'ont utilisés leurs collègues européens, les établissements français ont également racheté de la dette existante à des conditions favorables, tandis que BPCE prévoit lui de vendre des parts sociales (équivalent d'une action pour les banques mutualistes) dans son réseau de détail.

De l'avis général, l'échéance de vendredi fixée par l'EBA n'était donc qu'un événement mineur pour le secteur et pour les marchés.

"Je pense que ce n'est pas vraiment un sujet brûlant", a commenté Jean-Pierre Lambert, analyste de Keefe, Bruyette and Woods.

Néanmoins, pour Domenico Santoro, analyste de Nomura, la présentation théorique est une chose, la réalisation en est une autre. "Ce n'est pas tant les grands établissements que les petits qui pourraient avoir un problème", d'ici juin.

La nationalisation d'une ou plusieurs banques n'est pas à écarter, selon lui. La banque autrichienne ÖVAG, engagée dans une profonde restructuration, a ainsi laissé ouverte la question d'une aide d'Etat.