Petroplus: Les 550 salariés de la raffinerie de Petit-Couronne trouveront-ils un repreneur?

ECONOMIE Plusieurs groupes étrangers ont montré leur intérêt, mais rien n'est acquis. Loin de là selon un analyste. Explications...

Mathieu Bruckmüller

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L'entrée de la raffinerie de Petit-Couronne (Seine-Maritime) le 20 janvier 2012
L'entrée de la raffinerie de Petit-Couronne (Seine-Maritime) le 20 janvier 2012 — K. TRIBOUILLARD / AFP

L’inéluctable s’est produit ce vendredi matin. Petroplus a mis en vente sa raffinerie de Petit-Couronne (Seine-Maritime), à l'arrêt depuis le début janvier. Le raffineur suisse est au bord de l’asphyxie. Il perdu 415 millions de dollars au cours des neuf premiers mois de son exercice 2011. En décembre, les banques avaient gelé ses lignes de crédit avant de trouver, le 11 janvier,  un accord temporaire pour lui permettre de continuer à faire fonctionner certaines de ses activités et de payer des factures.

Des repreneurs potentiels en ligne de mire

La nouvelle n’a pas surpris outre mesure les 550 salariés. «On n’est pas en danger aujourd’hui plus qu’hier. Je suis optimiste. Notre outil industriel est valable», clame Yvon Scornet, porte-parole de l'intersyndicale CGT, CFDT, CFE-CGC. Même s’il refuse de dévoiler les noms pour des raisons de confidentialité, selon lui, plusieurs entreprises étrangères ont montré des marques d’intérêt pour la raffinerie. L’une d’entre elle est même venue la visiter. Mais le syndicaliste refuse de céder à l’euphorie. Une telle reprise nécessite des moyens financiers importants. On parle ici d’un investissement de 700 à 900 millions d’euros. Et Yvon Scornet plaide pour un acteur industriel crédible. Une chose est sûre, ce ne sera pas Total. Le pétrolier a indiqué aujourd’hui qu’il n’était pas intéressé.

Pour un spécialiste du secteur, le salut pourrait venir d’Europe Centrale ou des pays émergents. Il en veut pour preuve le rachat par Lukoil, le plus gros pétrolier privée russe, en juin 2009, des 45% de la raffinerie néerlandaise TRN jusqu’alors détenue par Total. En février dernier, c’est Petrochina qui est venu mettre la main sur 50% des deux sites du groupe britannique Inéos, à Grangemouth en Ecosse, et à Lavéra. Une bouffée d’oxygène pour la plus grosse raffinerie de l'Etang de Berre (Bouches-du-Rhône) alors que l’avenir du raffinage en France et en Europe s’est considérablement assombri ces dernières années.

Avenir sombre

Quand elle a racheté Petit-Couronne à Shell en 2008, Petroplus a investi plusieurs millions de dollars pour rénover l’appareil productif. Le groupe helvétique entendait bien surfer sur la flambée des prix du baril qui ont atteint les 147 dollars en juillet de la même année, fait remarquer Patrice Geoffron, directeur du Centre de Géopolitique de l'Energie et des Matières Premières (CGEMP) de l’Université Paris Dauphine. Patatras, Sur fond de crise des subprimes, ils ont plongé sous le seuil des 40 dollars dans les mois qui suivirent pour revenir aujourd’hui autour des 100 dollars.

Dans le même temps, Petroplus a eu de plus en plus de mal à exporter de l’essence vers les Etats-Unis où la demande diminue.

Mais surtout, Petroplus a été frappé de plein fouet par la chute des marges de raffinage en Europe qui sont au plus bas depuis 10 ans. En effet, le secteur est en surcapacité. Il produit trop d’essence et pas assez de gazole. Par exemple, ce dernier est utilisé en France par trois quarts des automobilistes. Or, Petroplus produit surtout…de l’essence.

Multiplication des fermetures

Depuis deux ans, les fermetures de raffinerie se multiplient.  Neuf sites ont mis la clé sous la porte sur le vieux continent dont trois rien qu’en France, à l’instar de la raffinerie Total de Dunkerque qui n’a pas trouvé repreneur.

Et sur le plan structurel, l’avenir n’incite guère à l’optimisme. Les prévisions de croissance économique ne sont pas folichonnes pour cette année. Pas de quoi doper la demande en carburant anticipe Patrice Geoffron qui ne voit malheureusement pas comment, dans le contexte actuel, Petit-Couronne pourra trouver un repreneur.

Yvon Scornet y croit quand même. D’autant que le gouvernement s’est emparé du dossier. Par la voix d’Eric Besson, le ministre de l’Industrie, il a réaffirmé aujourd’hui que son objectif est «clairement la reprise d'activité la plus rapide possible.» Mais le syndicaliste n’entend pas «être pris pour un pigeon». A trois mois de l’élection présidentielle, il ne veut pas que l’exécutif «joue la montre» et se désintéresse de la situation une fois l’échéance électorale passée.