Dette grecque: Pourquoi l'accord concerne toute la zone euro

CRISE L'échec des négociations entre la Grèce et ses créanciers privés aurait de graves conséquences pour le pays mais aussi pour l'ensemble de la zone euro...

Claire Planchard

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Le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos le 12 décembre 2011 à Athènes.
Le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos le 12 décembre 2011 à Athènes. — Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

«La bataille finale» est lancée. Athènes est engagée depuis jeudi dans une véritable course contre la montre pour sa survie financière.

Un accord doit être en effet conclu d'ici à lundi avec ses créanciers privés (banques, fonds d'investissements, hedge-funds, assureuru) pour tenter de restructurer sa dette.

C’est la condition préalable imposée par la Troïka composée du FMI, de la BCE et de  la Commission européenne pour discuter lundi du déblocage d’une deuxième aide de 130 milliards d'euros d'aide promise fin octobre à Bruxelles.

Après une interruption brutale de négociations  vendredi dernier, le fil du dialogue semblait renoué jeudi entre le gouvernement grec et l'Institut de la finance internationale (Ifi), qui représente les créanciers privés.

En attendant la reprise des discussions vendredi après-midi, c’est toute l’Europe qui reste suspendue à la conclusion d’un accord. 

La Grèce face à un risque de faillite incontrôlée

Sans accord avec ses créanciers privés et publics, le pays ne pourra pas rembourser ses 14,4 milliards d'obligations arrivant à échéance le 20 mars, ce qui constituerait un défaut de paiement désordonné du pays.

Les premières victimes directes seraient les établissements bancaires du pays  qui détiennent une part non négligeable des titres de dette souveraine du pays et ne disposent pas des capitaux nécessaires pour encaisser un tel choc.

En outre, le pays aurait les plus grandes difficultés à retrouver des prêteurs sur les marchés financiers: les taux consentis par les investisseurs pour placer ses obligations atteindraient des niveaux prohibitifs pour l’Etat grec, déjà lourdement endetté.

Preuve de la détermination à éviter un tel scénario catastrophe, le Premier ministre Lucas Papademos a brandi mercredi dans le New York Times la menace de  faire adopter une loi obligeant ses créanciers à assumer les pertes financières si aucun accord n'était conclu.

La zone euro menacée d’éclatement

En cas de faillite, la Grèce sortira-t-elle de la zone euro? Impossible d’y répondre pour le moment car la situation ne s’est encore jamais présentée et les traités européens ne prévoient pas ce scénario.

En cas d’échec des négociations sur une restructuration de sa dette, Athènes pourrait toutefois  abandonner la monnaie européenne pour revenir à la drachme, misant sur sa dévaluation pour sortir de la crise.

Dans une note publiée en septembre dernier, Natixis estimait ainsi que la Grèce devrait déprécier sa monnaie de 55% pour équilibrer ses comptes en convertissant sa dette publique dans sa nouvelle monnaie.

Les investisseurs exposés à des pertes

Selon Natixis, la faillite de la Grèce et une dévaluation de la drachme pourraient coûter quelque 166 milliards d'euros aux banques et investisseurs institutionnels de la zone euro selon. Un scénario que les créanciers privés veulent éviter à tout prix.

Les négociations actuellement en cours à Athènes portent sur l’ampleur de la décote volontairement consentie sur les obligations actuellement détenues par les banques: entre 50 et 60% de dette annulé. Un montant qui déterminera les taux auxquels elles accepteront de lui prêter à l’avenir. Les banquiers demandent 5% tandis que l’Etat grec privilégie un taux d’intérêt de 4%.

Les banques allemandes et françaises sont en première ligne car elles détiennent une part importante des titres de dette émis par l’Etat grec.

L’impact de ces décotes serait toutefois relativement limité pour les banques françaises : contrairement aux établissements grecs, elles sont en effet suffisamment capitalisées pour encaisser une annulation pure et simple de 100%. Mais elles veulent éviter un tel scénario qui créerait un grave précédent politique au sein de l’Europe.

Par ailleurs le danger d’un effet domino plane: nombre d’investisseurs qui ont souscrit des titres d’assurance pour se prémunir d'un non-remboursement (CDS) pourraient en effet décider de les activer et donc de demander à leur assureur (le plus souvent les banques) de les rembourser…  Un engrenage aux conséquences financières incalculables.

La stratégie de la BCE  mise à l’épreuve

Un défaut de la Grèce coûterait cher à la BCE: la banque centrale européenne a massivement acheté des obligations grecques qui arrivent à maturité le 20 mars. Si aucun accord n’est trouvé, elle subira donc des pertes comme les autres détenteurs de titres obligataires grecs.

Les pays de la zone euro davantage affaiblis

L'Italie, et l'Espagne seraient les premières victimes collatérale: les pertes encaissées par la BCE risquent en effet de remettre durablement en cause le programme d’achat de dette souveraine de la BCE dont ses pays sont les premiers bénéficiaires.

Il leur faudrait donc se passer de ce précieux soutien, ce qui les affaiblirait davantage à l’heure où elles empruntent toujours très cher sur les marchés.