Les marchés toujours pas affectés par l'abaissement de notes dans la zone euro

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La Bourse de Paris a ouvert en légère hausse mardi (+0,29%), après quatre séances de baisse d'affilée, dans la foulée de l'accord atteint dans la nuit par les ministres des Finances de la zone euro sur le plan d'aide aux banques espagnoles.
La Bourse de Paris a ouvert en légère hausse mardi (+0,29%), après quatre séances de baisse d'affilée, dans la foulée de l'accord atteint dans la nuit par les ministres des Finances de la zone euro sur le plan d'aide aux banques espagnoles. — Patrick Kovarik afp.com

La zone euro, au coeur de la tempête, a passé mardi avec succès un test sur les marchés au lendemain de l'abaissement de la note de son principal fonds de secours, le FESF, après celle de l'Espagne qui est parvenue elle aussi à se financer sans difficultés.

L'Espagne, dont la note financière avait été réduite avec celle de huit autres pays de la zone euro vendredi par Standard and Poor's, a annoncé avoir levé 4,88 milliards d'euros en bons du Trésor à 12 et 18 mois. Mais surtout le pays a enregistré une demande très importante, de 16,7 milliards d'euros, et a pu emprunter à des taux divisés par deux par rapport à décembre.

Le FESF a, quant à lui, réussi à lever sans difficulté 1,5 milliard d'euros sur six mois au taux de 0,26%. L'émission a reçu trois fois plus de demandes que ce que le fonds comptait lever au départ.

"Le succès d'aujourd'hui confirme la confiance des investisseurs dans le FESF, qu'ils considèrent comme un émetteur de grande qualité", a commenté le directeur financier du fonds Christophe Frankel dans un communiqué.

Cette opération était attendue avec intérêt après la décision lundi de Standard and Poor's d'abaisser la note de long terme du FESF d'un cran de "AAA", la meilleure possible, à "AA+", tandis que celle à court terme est restée stable à son plus haut niveau.

Le financement du FESF dépend des garanties apportées par les membres de la région dont seuls quatre ont encore un "AAA" : l'Allemagne, première contributrice à tous les plans d'aide, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg.

L'abaissement de sa note était toutefois largement anticipé après celui des notes de neuf pays de la zone euro, dont la France et l'Autriche qui ont perdu vendredi leur triple A, et a laissé de marbre les marchés, pourtant prompts à s'émouvoir ces derniers mois du moindre sursaut de la crise de la dette dans la zone euro.

Les principales places boursières européennes ont même clos sur une nette hausse -Paris à +1,40%, Francfort à +1,82%, Londres à +0,65%- tandis que Wall Street démarrait bien.

Plus que les abaissements de notes, les investisseurs suivent avec anxiété les négociations sur l'effacement d'une partie de la dette grecque.

Les discussions, qui doivent reprendre mercredi, semblent tourner au dialogue de sourds entre d'une part les banques privées, réticentes à subir de lourdes pertes, et l'Allemagne notamment, qui réclame des sacrifices de leur part.

Toutefois, mardi, les banques ont redit par l'intermédiaire de l'Institut de la finance internationale (IIF), leur "engagement" à parvenir à un accord afin d'éviter une mise en faillite désordonnée de ce pays.

Néanmoins, l'annonce de S&P sur le FESF a relancé le débat sur la nécessité d'encore renforcer ce fonds destiné à voler au secours des pays en difficulté.

Pour le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, il faut des "contributions supplémentaires des pays encore notés AAA" pour que le FESF conserve "la même capacité" ou puisse prêter "au même taux", y compris après un abaissement de note.

M. Draghi veut aussi éviter que reprennent les appels à une intervention plus forte de la BCE face à la crise, ce que l'institution refuse.

Au contraire, le ministre français de l'Economie François Baroin juge qu'il n'est "pas besoin d'agir", tandis que le patron du Fonds Klaus Regling a assuré, de Singapour, où il effectue un déplacement, que la capacité de prêt du FESF n'était pas remise en cause.

Quant à l'Allemagne, qui ne veut pas remettre au pot, elle a depuis longtemps décrété que les capacités du FESF suffisent largement pour remplir son rôle.

Cependant, le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy a souligné mardi que la taille du FESF et de son successeur le MES serait "ré-examinée" au conseil européen de mars.

"Nous allons renforcer nos mécanismes" européens face à la crise, a-t-il dit au cours d'une conférence de presse avec le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy à Madrid, sans donner de précisions.

La capacité de prêt de l'actuel fonds temporaire FESF est de 250 milliards d'euros environ sur une enveloppe initiale de 440 milliards, un montant jugé de toute façon insuffisant s'il fallait venir en aide à l'Italie.

Pour y remédier, il avait été décidé à l'automne d'augmenter sa force de frappe en mettant sur pied un système de garantie partielle des prêts aux pays fragiles. Ce système doit cependant attirer des investisseurs du monde entier pour fonctionner, dont la Chine, ce qui n'a pas vraiment marché jusqu'ici.

Mardi, Pékin, fort d'une croissance de 9,2% l'an dernier, a répété être prêt à "travailler avec la communauté internationale pour continuer à soutenir les efforts de l'Europe dans sa lutte contre la crise des dettes souveraines" et à lui faire confiance pour sortir de la crise.