Perte du AAA: Quel impact sur vos placements?

EPARGNE Loin des discours alarmistes, la dégradation de la notation de la France n'est pas une si mauvaise nouvelle pour les épargnants. Décryptage...

Claire Planchard

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La perte du triple A de la France avait été largement anticipée par les marchés.
La perte du triple A de la France avait été largement anticipée par les marchés. — DURAND FLORENCE/SIPA

La perte du AAA, un «non événement» pour notre épargne? Les spécialistes en sont convaincus.

En réalité,la dégradation de la notation de la France était déjà anticipée par les marchés financiers depuis l’été dernier. Pour preuve, le verdict de S&P vendredi soir ne s’est pas traduit par un séisme financier: lundi, le taux des obligations d’Etat (OAT) à 10 ans a même légèrement baissé tandis que la bourse de Paris clôturait en hausse de 0,9% exactement. 

«Pour les épargnants, la conséquence principale de ce changement de notation est que globalement les taux d’intérêt sont aujourd’hui un peu plus hauts que si on avait conservé notre AAA, mais il ne faut pas donner une importance trop forte à cette annonce car les marchés ont déjà réagi depuis plusieurs mois. De plus, on reste à des niveaux  très bas avec un taux d’emprunt à 10 ans à 3% pour la France contre 1,8% en Allemagne», précise David Ganozzi, directeur général  de la société de gestion de Fidelity à Paris et gérant d’allocation d’actifs.

Revue de l’impact attendu sur les principaux placements.

Placements obligataires : une hausse des rendements en trompe l’œil

SICAV et FCP obligataires devraient en profiter. «C’est paradoxal mais si un épargnant investit aujourd’hui en obligations d’Etat français, il est mieux rémunéré qu’avant la perte du AAA: la hausse des rendements liée à la dégradation de la note de la France est donc plutôt une bonne nouvelle pour les placements obligataires», estime David Ganozzi.

Même effet possible sur les contrats d’assurance vie en euros. «Beaucoup des placements sous-jacents de ces fonds sont investis en obligations d’Etat, donc la rémunération servie aux détenteurs de ces contrats d’assurance vie peut augmenter selon la stratégie d’investissement du gérant», commente David Ganozzi. En bref: s'il détient des obligations d’Etat émises il y a deux ans (avant la dégradation par S&P), la hausse des taux n’aura aucun effet. Mais si sa politique de gestion est plus active, et qu’il vend ses anciennes obligations avant l’échéance pour en acheter des nouvelles, il peut bénéficier de la hausse de rendement de ces obligations d’Etat.

Attention toutefois: tout épargnant est aussi un contribuable! Si ce surcoût de financement pour l’Etat est positif pour l’épargne, il ne manquera pas de se traduire de façon négative par une hausse de nos impôts !

Obligations privées d’entreprise : une hausse de rendement non dénuée de risques

En toute logique, la hausse des rendements des obligations d’Etat devrait également tirer vers le haut ceux des obligations émises par des entreprises: «le taux des obligations d’Etat (OAT) à 10 ans sert d’ancrage à tout le financement de l’économie. C’est donc aussi vrai pour les banques ou les entreprises qui émettent des obligations pour se financer», explique David Ganozzi.

Dans un contexte d’assèchements des crédits et de défiance sur le marché interbancaire, certaines entreprises pourraient donc proposer des obligations aux investisseurs particuliers au même taux que l’Etat, avec en sus une prime de risque. Alors que l’Etat emprunte à 3%, le Crédit foncier vient ainsi de lancer une émission obligataire avec une rémunération brute de 4,25% par an pendant six ans. Un taux qui devient intéressant.

La prudence s’impose toutefois : «Il faut regarder les taux offerts mais aussi la solidité financière de l’émetteur des obligations!» prévient David Ganozzi.

Actions : l’incertitude domine

En théorie, une hausse des taux d’intérêt des obligations a mécaniquement un effet négatif sur le cours des actions. Mais en pratique, la hausse du coût de refinancement de la France était déjà intégrée en grande partie dans les cours de bourse avant même la dégradation de la note de la France.

L’officialisation de la perte du AAA n’est donc pas forcément une mauvaise nouvelle pour les investisseurs en bourse. Bien plus que les atermoiements des agences de notation, c’est l’évolution de la conjoncture économique qui devrait être déterminante sur les cours de bourses…  et sur les dividendes versés par les entreprises en 2012.

Livrets d’épargne : aucun impact à attendre

Pas de hausses de rendements en vue pour vos livrets d’épargne. En effet, l’évolution des taux des obligations d’Etat n’a pas d’impact sur leur rémunération. C’est l’inflation qui est le facteur déterminant dans la définition des taux d’intérêt de ces livrets.

Dernier exemple en date: à la veille de la dégradation de la note de la France, le gouvernement a décidé de ne pas revaloriser le taux du livret A car il anticipe un coup de frein sur la hausse des prix dans les mois à venir sous l’effet du ralentissement de l’activité économique…

Placements immobiliers : une hausse des coûts de financement déjà amorcée

Les crédits immobiliers sont en première ligne car leurs taux d’intérêt sont directement liés au niveau du taux d’emprunt de l’Etat : le taux des OAT à dix ans sert de taux de référence aux banquiers pour fixer le prix auquel ils nous prêtent.

Pourtant, une fois encore, la dégradation de la note de la France ne devrait pas changer radicalement la donne : «les banques ont déjà commencé à durcir leurs conditions d’octroi des prêts et à augmenter leurs taux depuis plusieurs mois, le passage du AAA au AA+ est un non sujet pour moi», explique Olivier Dacquin, directeur du développement commercial et de la communication de Banque Patrimoine et Immobilier.

De nouvelles hausses des taux et un resserrement du crédit immobiliers sont-ils à attendre dans les mois à venir? Oui, mais pas à cause de S&P. «Le vrai sujet aujourd’hui, c’est la difficulté des banques à trouver des financements sur le marché interbancaire, alors même que les nouvelles normes internationales leurs imposent d’avoir plus de fonds propres en face de chaque crédit octroyé», précise Olivier Dacquin.

Une lueur d’espoir toutefois : dans ce contexte tourmenté les taux variables, calés sur les taux à court terme, eux sont au plus bas: «aujourd’hui on propose des taux révisables à 3,65%  plafonnés à 4,65% quand en 2008 après la faillite de Lehman Brothers les taux fixes et révisables étaient entre 5 et 5,5% » souligne Olivier Dacquin. Avis aux amateurs.