Bientôt l'essence à deux euros le litre?

ECONOMIE La barre pourrait être franchie très vite en cas d'incidents géopolitiques majeurs...

Mathieu Bruckmüller

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Une pompe à essence dans une station service avec un hors service. Illustration station service. 
Une pompe à essence dans une station service avec un hors service. Illustration station service.  — GILLES VARELA / 20 MINUTES

La prophétie de Christophe de Margerie est-elle sur le point de se réaliser? En avril dernier, le PDG de Total avait jugé inéluctable que le litre de super atteigne les deux euros à la pompe. Des propos alors qualifiés d’indécents par le Président de la République.  «Je vais m’en occuper», avait même lâché Nicolas Sarkozy. Pourtant, neuf mois plus tard, le débat est plus que jamais d’actualité.

Prix de l’essence record

Vendredi dernier, les prix de l'essence ont ainsi dépassé leurs sommets datant de mai 2011. Le litre de super sans plomb 95 a atteint 1,5563 euro, et le super sans plomb 98 s'est hissé à 1,5954 euros, d'après les chiffres compilés par la Direction générale de l'énergie et du climat. Des pointes ont même été notées à Paris à 1,74 euro le litre de sans-plomb 98 et 1,82 euro pour le sans-plomb 95.

Alors à quand la barre des deux euros? «C’est la roulette russe», lance Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et Gaz arabes.  Pas de doute, elle sera atteinte tôt ou tard. En effet, la tendance à moyen long-terme est clairement en faveur d’une hausse. Le pétrole est une ressource non-renouvelable et la demande continue de croître sous le poids de la demande des pays émergents même si celle-ci se stabilise aux Etats-Unis et en Europe. D’ici environ cinq ans, le litre de super devrait donc «naturellement» coûter au moins deux euros.

Sauf que tout peut aller très vite. A la hausse comme à la baisse. Prévoir l’évolution des prix du brut à court terme est impossible. Jeudi, le cours du baril de Brent échangé à Londres a atteint un sommet depuis deux mois, à plus de 115 dollars sous l’effet des craintes concernant l'offre pétrolière en Iran et au Nigeria.

«Le pire n’est pas sûr»

Un chiffre qui pourrait exploser si Israël venait par exemple à bombarder les installations nucléaires iraniennes, illustre Francis Perrin. Un scénario qui n’a en soi rien d’inimaginable. Le record de 147 dollars le baril, en juillet 2008, ne serait plus alors qu’ «une aimable plaisanterie» entraînant les prix des carburants bien au-delà des deux euros le litre.

Mais «le pire n’est pas sûr», relativise Francis Perrin. Et si la crise économique venait à s’installer durablement en Europe, la demande de brut s’en ferait ressentir permettant une détente des prix de l’essence. Tout reste donc ouvert pour les mois à venir.