La flambée du yen encourage la fièvre acheteuse des firmes nippones

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Les entreprises japonaises ont nettement augmenté leurs acquisitions de firmes étrangères en 2011, le renchérissement historique du yen faisant resurgir une frénésie d'achats inédite depuis les années de la bulle financière.
Les entreprises japonaises ont nettement augmenté leurs acquisitions de firmes étrangères en 2011, le renchérissement historique du yen faisant resurgir une frénésie d'achats inédite depuis les années de la bulle financière. — Toshifumi Kitamura afp.com

Les entreprises japonaises ont nettement augmenté leurs acquisitions de firmes étrangères en 2011, le renchérissement historique du yen faisant resurgir une frénésie d'achats inédite depuis les années de la bulle financière.

Des sociétés nippones ont mis la main en tout ou partie sur le capital de 455 sociétés hors de l'archipel, du jamais vu depuis 1990 lorsqu'elles avaient pris possession de 463 firmes, d'après des statistiques du cabinet-conseil Recof Data.

En valeur, ces opérations ont porté en 2011 sur 6.300 milliards de yens (environ 63 milliards d'euros au taux de change actuel), un montant supérieur de 67% à celui de l'année précédente et le troisième plus haut enregistré par Recof depuis qu'il a commencé à compiler ces données en 1985.

Quelque 43% des sociétés ciblées étaient basées en Asie, le champ de prospection autrefois concentré sur les Etats-Unis et l'Europe s'étant élargi à la Chine, à l'Inde et aux autres contrées du continent asiatique.

Des statistiques distinctes de celles de Recof Data ont fait état d'une même tendance haussière, pour le nombre d'entreprises visées comme pour les montants engagés dans le monde.

"Les groupes japonais ont plus confiance qu'auparavant dans leur capacité à absorber des sociétés étrangères avec leur équipe de direction, leur main d'oeuvre et leur culture", explique Charles Maynard, du cabinet Business Development Asia, spécialisé dans les fusions et acquisitions.

La palme du plus important rachat de 2011 revient groupe pharmaceutique Takeda qui s'est emparé du laboratoire suisse Nycomed pour près de 10 milliards d'euros à l'époque.

Dans le palmarès figurent aussi l'acquisition d'un quart de l'unité "cuivre" du géant minier Anglo American au Chili, par la maison de commerce Mitsubishi, et celle du brasseur brésilien Schincariol, par son homologue japonais Kirin.

"Les sociétés nippones constatent qu'elles n'ont pas d'autres options pour leur croissance internationale", souligne M. Maynard.

Elles profitent de l'envolée du yen qui réduit le coût de ces acquisitions, généralement réglées en devise étrangère.

Relativement faible pendant la majeure partie des années 2000, la monnaie nippone s'est renchérie à partir de 2008, lorsque la crise financière internationale a précipité un repli des investisseurs vers les valeurs jugées moins risquées, comme le yen.

La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) ont en outre drastiquement abaissé leur taux d'intérêt, afin de tenter de relancer des économies en récession, ce qui a réduit l'écart existant avec les taux nippons, déjà bas avant la crise. L'attractivité des monnaies étrangères a de fait décliné.

A partir de 2010, l'aggravation des problèmes d'endettement européen a accentué le report sur le yen, amplifié de surcroît par des achats spéculatifs après le tsunami du 11 mars 2011.

Le dollar a chuté jusqu'à 75,32 yens en octobre dernier, son plus bas niveau depuis 1945, et l'euro sous la barre symbolique des 100 yens en décembre, pour la première fois en une décennie.

Cette poussée historique de la devise japonaise constitue un lourd handicap pour les firmes exportatrices du pays, qui voient fondre leurs marges à l'étranger. Mais un yen plus fort leur permet aussi de faire des emplettes à moindre frais.

D'où la résurgence d'une vague de rachats, inédite depuis la période de la bulle financière de la fin des années 1980 et le tout début de la décennie suivante, lorsque des sociétés nippones investissaient tous azimuts.

Des acquisitions symboles avaient marqué les esprits, comme celles du centre commercial Rockefeller de New York par une filiale immobilière du groupe Mitsubishi, des studios de cinéma Universal par Matsushita (aujourd'hui Panasonic) et de la maison de disque Columbia par Sony.

"Ces opérations agressives ont valu des critiques acerbes aux entreprises nippones à l'étranger", rappelle Kenji Madokoro, de l'Institut de recherche Daiwa, soulignant que nombre de ces actions tapageuses avaient mal tourné.

"Les sociétés japonaises ont retenu la leçon et sont désormais plus pragmatiques", délaissant les acquisitions clinquantes au profit d'investissements plus rationnels, d'après l'analyste.