«La France peut regagner son triple A»

INTERVIEW L'économiste Norbert Gaillard estime que la note ne pourra être récupérée sans d'importantes réformes...

Delphine Bancaud

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Pour Norbert Gaillard, « si on ne fait rien, la note de la France risque à nouveau d'être dégradée ».
Pour Norbert Gaillard, « si on ne fait rien, la note de la France risque à nouveau d'être dégradée ». — A. GELEBART / 20 MINUTES

Le Premier ministre, François Fillon, a assuré dimanche dans Le JDD que le gouvernement ferait «tout» pour que la France retrouve son triple A. Une hypothèse envisageable à long terme, selon l'économiste Norbert Gaillard, auteur de l'ouvrage Les Agences de notation, paru en 2010 aux éditions La Découverte.

Est-il possible que la France regagne son triple A?

Oui, mais pas avant six ou huit ans minimum. Et à condition de mettre en œuvre des réformes structurelles. La Suède qui avait perdu son AAA en 1993, l'a récupéré en 2004 au prix de réformes sociales importantes et d'une réduction drastique des dépenses publiques. C'est un pays qui continue à se désendetter aujourd'hui.

Quelle stratégie doit poursuivre la France pour y parvenir?

Elle doit réformer son marché du travail pour le flexibiliser, réduire son déficit budgétaire pour tenter de revenir à l'équilibre d'ici à cinq ans, restaurer sa compétitivité et réformer encore son système de retraite en envisageant l'allongement de la durée de cotisation dans le public comme dans le privé (en passant à quarante-deux ans aussi vite que possible). Pour remettre à plat son système social, le futur gouvernement aura tout intérêt à passer par un référendum pour renforcer sa légitimité.

Mais le modèle social français ne risque-t-il pas d'être endommagé par toutes ces mesures?

Relancer l'économie demande des sacrifices. Si on ne fait rien, la note de la France risque d'être à nouveau dégradée. Et notre pays aura des retraités qui vivront bien et des jeunes dont l'avenir sera bouché.

Les mesures qui seront annoncées lors du sommet social vont-elles dans le bon sens?

Oui, mais elles ne vont pas assez loin. La TVA sociale peut, certes, être perçue par les agences de notation comme une mesure favorisant la compétitivité du pays. Mais il faut revoir toute la fiscalité française et aller vers un modèle qui favorise l'entrepreneuriat.