Perte du AAA français: «Ne pas surestimer la nouvelle»

Reuters

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Bourses en berne 
Bourses en berne  — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Tout change, rien ne change? La perte du AAA français n'a surprise personne. Si elle ne bouleverse pas la donne, la décision de l'agence de notation Standard&Poor (S&P) pourrait compliquer le sauvetage de la zone euro, estiment la plupart des acteurs du secteur financier.

Fabrice Seiman, président de Lutetia Capital:

«S&P a entièrement raison, La France paye le résultat de 30 ans d'irresponsabilités dans la gestion des finances publiques. Les responsables politiques français de droite comme de gauche n'ont pas été à la hauteur en ne prenant pas les mesures qui imposaient de réduire les dépenses. Il faut arrêter une ligne de crête à partir de laquelle il n'y aura plus de déficits.»

Jeremy Gaudichon, gérant chez KBL Richelieu:

«Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la France. Mais la dégradation des Etats-Unis l'été dernier a confirmé que l'on pouvait vivre sans triple A et encore bénéficier de taux (d'intérêt) très bas. Nous ne devrions donc pas surestimer cette nouvelle. Bien sûr ce n'est pas une bonne nouvelle, mais ce n'est pas dramatique.»

Fabrice Cousté, directeur de CMC Market France:

«Cette dégradation résulte de la trajectoire des finances publiques, les plans d'austérité n'ayant pas convaincu. Moody's pourrait maintenir réagir plus promptement et aller dans le même sens que S&P alors qu'il y a eu un débat autour de la position de Fitch.»

Benoît Peloille, stratégiste chez Natixis:

«Une dégradation de la France est de nature à entraîner une hausse du taux de la France sur les marchés. On estime qu'une hausse de 100 points de base se traduit par un surcoût pour la France de 2 milliards d'euros par an. Néanmoins, l'impact pourrait être limité dans la mesure où le taux 10 ans de la France s'est déjà considérablement écarté de celui de l'Allemagne (128 points de base).»

Rnaud Murail, gérant chez Barclays Bourse

«Ça sent vraiment le réchauffé, la nouvelle on la connaît maintenant depuis plusieurs semaines. C'est vraiment un non-événement. En plus, la dégradation ne serait que d'un cran. Le déblocage du financement de pays périphériques comme l'Espagne ou l'Italie est plus important pour le marché que la dégradation de la France.»

Mike Riddell, gérant obligataire chez M&G:

«C'est une surprise que le marché soit surpris, les obligations souveraines françaises se négocient à un niveau suggérant que la France est loin d'être un pays noté triple A depuis plus de trois mois. Si l'on regarde le marché des dérivés de crédit, le coût de la protection contre un défaut sur la dette française est plus élevé que celui contre un défaut du Pérou, la Colombie, le Brésil, les Philippines et l'Indonésie.»

Trader en poste à Paris, sous couvert d'anonymat:

«La dégradation de la note américaine n'a rien changé, et l'on attend celle de la France depuis plusieurs mois maintenant. AA devient dans le monde actuel l'équivalent du AAA dans le précédent.»