La note française dégradée à AA+ par Standard & Poor's

ECONOMIE François Baroin a réagi et expliqué qu'il n'y aurait pas de nouveau plan de rigueur...

Nicolas Beunaiche, avec agences

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 L'agence de notation Standard and Poor's (S&P)
 L'agence de notation Standard and Poor's (S&P) — LEVINE/NEWSCOM/SIPA

Dernière info (3h30, samedi): Le fonds de sauvetage de la zone euro, le FESF, pourrait conserver sa note AAA si l'Allemagne et les trois autres pays notés triple A de la zone euro augmentent leur soutien financier, a fait savoir vendredi Standard & Poor's.

La France ne fait plus partie des meilleurs élèves européens. Attendue depuis quelques semaines, la dégradation de sa note souveraine a été annoncée ce vendredi par l’agence de notation Standard & Poor's, qui l’a abaissée de AAA à AA+.

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Plus inquiétant encore peut-être, l’agence précise que la France a au moins une chance sur trois de voir sa note à nouveau dégradée en 2012 ou 2013. La décision de S&P était attendue depuis début décembre, quand l'agence avait menacé d'abaisser la note de 15 Etats de la zone euro, dont les six pays notés «triple A», parmi lesquels la France et l'Allemagne. Dans le cas de Paris, S&P avait même évoqué la possibilité d'un abaissement de deux crans.

Pas de nouveau plan de rigueur

Pour autant, malgré l’officialisation de la dégradation française, le gouvernement n’a pas l’intention de mettre  sur pied un nouveau plan de rigueur, a expliqué François Baroin. Et pour cause: invité du JT de France 2, le ministre du Budget a cherché à relativiser la mauvaise nouvelle et à dédouaner le gouvernement de toute responsabilité directe. Pour lui, la gestion du gouvernement n'est en effet pas en cause et cette dégradation, la première depuis que le pays est noté, s'explique par la crise dans la zone euro. Il n'y aura «pas de nouveau plan de rigueur, puisque ce n'est pas une question de rigueur budgétaire», a ainsi dit le ministre.

La perte du triple A est pourtant un coup dur pour les autorités françaises, qui avaient fait de la défense de la note souveraine du pays une priorité absolue, avant de se résigner à une dégradation en grande partie intégrée par les investisseurs.

Avant la prise de parole de François Fillon, prévue samedi, une partie de la droite s’est montrée rassurante. «La France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette», a ainsi expliqué Valérie Pécresse sur BFM TV. «Cette annonce n'est pas une nouvelle dont on peut se réjouir mais elle doit être relativisée: Standard and Poor's avait également dégradé la note américaine, elle place la France au même niveau», a renchéri Jean-François Copé, dans un communiqué.

«Le président de la dégradation», pour Aubry

François Bayrou s’est quant à lui montré modéré. «La cause n'est évidemment pas seulement dans les cinq années Sarkozy, le mal vient de plus loin (...) les gouvernements successifs de gauche et de droite portent leur part de responsabilité», a expliqué le candidat MoDem à la présidentielle. «Cette dégradation-là, elle signe des années d'échec et des années de dérive», a-t-il poursuivi.

Pour l'opposition socialiste, cette dégradation signe à l’inverse un «échec» de Nicolas Sarkozy, à 100 jours de la présidentielle. «M. Sarkozy restera le président de la dégradation de la France», a dit Martine Aubry, première secrétaire du PS, dans un communiqué.

Pour Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS de l'Assemblée, «la dégradation de la note (...) est la rançon d'un quinquennat calamiteux». «Elle est la faillite d'une gestion erratique qui a fait exploser la dette et conduit à la récession», a-t-il analysé. François Hollande, le candidat du PS à la présidentielle, doit quant à lui s'exprimer samedi à 8h30.

L'écart se creuse avec l'Allemagne

Marine Le Pen, enfin, s’est immédiatement projetée vers la campagne. «Nicolas Sarkozy et François Hollande cherchent à tout prix à échapper à ce débat qu'ils refusent d'ouvrir depuis des semaines et des semaines. Avec la perte du 'triple A', les Français doivent exiger des candidats à la présidentielle précisément quel est leur projet et comment ils entendent sortir de cette spirale qui semble inéluctablement nous mettre sur le chemin de la Grèce, de l'Italie et de l'Espagne», a dit la candidate FN à la présidentielle.

Parmi les voisins européens de la France, l’Allemagne et la Finlande ont réussi à conserver leur triple A. Sur les neuf pays dont la note est déclassée, cinq sont rétrogradés d'un cran et quatre -Espagne, Italie, Portugal et Chypre- sont abaissés de deux crans. Sept pays voient leur note confirmée. Sur ces sept, tous ont des perspectives négatives, sauf l'Allemagne et la Slovaquie.