Rachat d'Uramin: Areva victime d'une «escroquerie»?

ECONOMIE Un soupçon de fraude entoure le rachat de la société canadienne Uramin...

Avec Reuters

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Areva a repoussé de "1 à 2 ans" les travaux d'un important projet de mine d'uranium en République centrafricaine, en raison de la chute des cours du minerai après l'accident de Fukushima, a-t-on appris mercredi auprès du groupe nucléaire français.
Areva a repoussé de "1 à 2 ans" les travaux d'un important projet de mine d'uranium en République centrafricaine, en raison de la chute des cours du minerai après l'accident de Fukushima, a-t-on appris mercredi auprès du groupe nucléaire français. — John Macdougall afp.com

Avis de tempête chez Areva. Le spécialiste public du nucléaire aurait été victime d'une escroquerie lors du rachat en 2007 de la société minière Uramin pour 1,9 milliard d'euros, selon l'auteur d'un rapport confidentiel sur cette acquisition cité vendredi par Le Parisien.

Des provisions de 2,5 milliards d’euros

Areva a dû enregistrer au total 2,5 milliards d'euros de provisions pour tenir compte de la perte de valeur des actifs d'Uramin consécutive notamment à des réserves d'uranium nettement moins importantes que prévu et à une chute des cours du combustible après la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima.

Fin 2011, le groupe a annoncé la constitution d'un comité, composé de trois membres indépendants du conseil de surveillance, «afin d'examiner les conditions d'acquisition et d'exploitation d'Uramin et d'en tirer des enseignements pour le groupe», qui avait acquis cet actif sous la présidence d'Anne Lauvergeon, remplacée en juin par Luc Oursel.

Eléments troublants sur le rachat

Marc Eichinger, qui dirige la société de conseil Apic et dit avoir rédigé en 2010 un rapport confidentiel sur le rachat d'Uramin commandé par la direction de la protection du patrimoine d'Areva, affirme au Parisien avoir recueilli «des éléments très troublants sur une OPA (Offre publique d’achat ndlr) extrêmement douteuse».


Evoquant une escroquerie qui pourrait avoir été facilitée par des complices au sein du groupe, il indique notamment que, pour évaluer les réserves d'Uramin, «Areva n'utilise que des documents proposés par la société (américaine) SRK... rémunérée par le vendeur».

«Aucune équipe d'Areva n'est dépêchée sur place, Areva ne demande même pas une expertise indépendante au Bureau de recherche géographique et minier contrôlé par l'Etat», ajoute Marc Eichinger, qui évoque également «un soupçon de délit d'initié» et «au final, un prix excessif payé par Areva».

Une porte-parole d'Areva n'a pas souhaité commenter ces informations.

Conflit avec Anne Lauvergeon

Les déclarations de Marc Eichinger interviennent sur fond de conflit ouvert entre Anne Lauvergeon et son ex-employeur.

Jeudi, Areva a fait savoir que le versement d'indemnités de départ de l'ancienne présidente du directoire du groupe était suspendu aux conclusions d'une étude sur l'acquisition d'Uramin.

L'avocat d'Anne Lauvergeon avait de son côté annoncé mercredi avoir assigné le groupe en référé pour qu'il verse à sa cliente 1 million d'euros d'indemnités de départ et 500.000 euros au titre d'une clause de non-concurrence, en fonction d'un accord "irrévocable" négocié lors de son éviction.

Le parquet de Paris a par ailleurs ouvert fin 2011 une enquête préliminaire après la plainte contre X déposée lundi par Anne Lauvergeon pour une affaire d'espionnage présumé contre elle et son mari qui serait elle aussi liée à Uramin.

La candidature d'Anne Lauvergeon, qui était à la tête du groupe depuis sa création en 2001, n'avait pas été retenue par Nicolas Sarkozy à la fin de son mandat, en juin dernier.

Elle a été remplacée à la présidence du directoire par son numéro deux, Luc Oursel.