La présidence danoise de l'UE tiraillée face à la crise de l'euro

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Au moment où il prend la tête de l'Union européenne, le Danemark se retrouve écartelé entre son refus d'adhérer à un euro plus impopulaire que jamais, et son souci de lui rester arrimé car sa prospérité en dépend et afin d'éviter une Europe à plusieurs vitesses.
Au moment où il prend la tête de l'Union européenne, le Danemark se retrouve écartelé entre son refus d'adhérer à un euro plus impopulaire que jamais, et son souci de lui rester arrimé car sa prospérité en dépend et afin d'éviter une Europe à plusieurs vitesses. — Marie Hald afp.com

Au moment où il prend la tête de l'Union européenne, le Danemark se retrouve écartelé entre son refus d'adhérer à un euro plus impopulaire que jamais, et son souci de lui rester arrimé car sa prospérité en dépend et afin d'éviter une Europe à plusieurs vitesses.

En cela, le royaume de 5,5 millions d'habitants se distingue clairement du Royaume-Uni, le seul autre Etat de l'Union européenne avec lequel il partage une clause d'exemption à l'entrée dans la monnaie commune.

"Nous sommes très, très préoccupés par la situation de l'euro car le Danemark est aussi frappé" par les conséquences de la crise de la dette, souligne Lisbeth Bech Poulsen, une députée du parti socialiste populaire danois, membre de la coalition de centre-gauche qui vient d'arriver au pouvoir.

Un référendum sur l'entrée dans la monnaie unique, qui avait été prudemment envisagé il y a quelques années, est désormais exclu. Selon les sondages, près des trois-quarts de la population s'y opposeraient aujourd'hui.

Sur ce sujet, le nouveau gouvernement de la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt, bien que très pro-européen, doit marcher sur des oeufs face à une opinion travaillée comme ailleurs par une montée de l'euroscepticisme et parce qu'il repose sur une fragile coalition.

"Nous ne voyons aucune raison de rejoindre un club qui n'a pas pris ses responsabilités", tranche Mette Risagen, une députée du parti d'opposition Alliance libérale (centre-droit). "L'euro est un projet politique" qui ne repose pas sur des bases économiques saines, "on le voit bien maintenant", dit-elle.

Pour autant le pays, contrairement à la Grande-Bretagne, a décidé de lier la fluctuation de sa monnaie à celle de l'euro.

Et malgré les turbulences depuis plus de deux ans, cette politique n'est pas remise en cause. Le bien-être économique du royaume dépend en grande partie des échanges avec ses partenaires de l'Union monétaire.

Copenhague est en outre hanté par le spectre de l'isolement. Sa présidence de l'UE doit permettre de "bâtir un pont" entre la zone euro d'une part qui prend son autonomie avec la crise, et d'autre part les dix pays de l'UE qui n'en font pas partie.

De ce point de vue, le rôle toujours plus prééminent pris par le couple franco-allemand dans les conduite des affaires européennes inquiète le "petit pays" qu'est le Danemark.

"Bâtir des ponts, cela signifie écouter ce que veulent les gens et s'assurer que nous n'aboutissons pas à une Europe à deux, à savoir la France et l'Allemagne, mais une Europe à 27" pays, dit la ministre de l'Economie, Margrethe Vestager.

"Il y a certaines forces qui cherchent à nous diviser, nous devons donc faire en sorte de rester ensemble", lance-t-elle.

Pour cela, le gouvernement s'est désolidarisé de Londres et envisage de s'associer à un nouveau pacte budgétaire en préparation pour durcir la discipline commune des pays de l'Union monétaire, et des autres qui voudraient les rejoindre. Alors même que le projet n'est pas sans lui poser des difficultés.

"Nous voulons adhérer au pacte budgétaire non pour le bien de l'euro mais pour le bien de l'économie danoise" qui doit être "au moins" aussi disciplinée que celles de l'Union monétaire, se justifie le ministre des Finances, Bjarne Corydon.

Le Danemark a choisi d'adopter une position conciliante avec l'Union monétaire dans d'autres domaines.

Il s'oppose ainsi aux efforts de la Grande-Bretagne ou de la République tchèque pour coaliser les dix pays de l'UE non membres de l'euro au sein d'une nouvelle instance informelle faisant contrepoids à l'union monétaire menée par la France et l'Allemagne.

"Nous ne souhaitons en aucun cas participer à un +non-Eurogroupe+, nous nous rencontrons occasionnellement lors de dîners pour parler de choses et d'autres mais il n'y a rien d'organisé", assure la ministre de l'Economie.