L'euro se déprécie: Un mal pour un bien

Interview Céline Antonin, économiste à l'OFCE, revient sur la chute de l'euro, passé en six mois d'1,46 dollar à 1,29 dollar depuis quelques jours. Outre les raisons évidentes liées à cette chute dont le destin est lié à la descente aux enfers de la zone euro, quelles sont les conséquences d'une telle dépréciation de la monnaie unique?...

Bertrand de Volontat

— 

Une nette majorité de Français est favorable à la monnaie unique européenne, actuellement dans la tourmente provoquée par la crise de la dette souveraine, selon un sondage BVA réalisé pour le magazine Challenges, paru jeudi.
Une nette majorité de Français est favorable à la monnaie unique européenne, actuellement dans la tourmente provoquée par la crise de la dette souveraine, selon un sondage BVA réalisé pour le magazine Challenges, paru jeudi. — Joel Saget afp.com

Comment expliquer cette chute récente de l’euro face au dollar?

Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau. De 1999 à 2002, l’euro a connu des débuts difficiles avec un plus bas à 0,8 dollar. De 2002 à 2008, il y a eu une appréciation constante de la monnaie. Depuis 2008, l’euro est très, voire trop, volatile en raison des crises de la zone euro. Aujourd’hui, l’euro se déprécie car les perspectives de croissance sont faibles. Mais il était de toute façon surévalué et il est préférable de le laisser s’auto-corriger. Car cette baisse n’est pas le résultat d’une politique voulue. On reproche d’ailleurs à la Banque centrale européenne (BCE) et à l'Eurogroupe de ne pas avoir une politique de change comparable aux politiques américaine et chinoise.

La crise est donc responsable de cette baisse de la monnaie unique?

Le contexte est évidemment responsable car nous sommes dans un système de changes flottants. Pour comprendre, il faut analyser les déterminants économiques, le solde de la balance courante des pays de la zone euro, les flux d'IDE, les différentiels de croissance entre les Etats-Unis et la zone euro. Plus les écarts de croissance se creusent, plus la monnaie de la zone en difficulté se déprécie. Les investisseurs sont également moins enclins à investir en zone euro, alors que la récession se profile dans plusieurs pays. Cette baisse de l’euro n’est donc pas un signal positif. 

L’euro déprécié à 1,25 dollar, peut-il être un mal pour un bien?

Un euro plus faible a des avantages indéniables, tout particulièrement en matière d’exportations pour les entreprises produisant au sein de la zone euro. Les secteurs du luxe ou de l’aéronautique notamment profiteront ainsi de coûts plus faibles en euros et d’un paiement dans une monnaie comparativement plus forte. Un euro plus faible est en revanche une mauvaise nouvelle pour les importations de matières premières comme le pétrole, pour les secteurs de la construction et de la pétrochimie. Le seul effet pervers viendrait d’un euro trop faible qui ouvrirait la voix à une inflation importée. Et la monnaie en elle-même ne perd pas de sa valeur sur le commerce international, restant en deuxième position derrière le dollar. Le yuan ne l’inquiète pas pour l’instant.

La France y gagne-t-elle?

La France y gagne moins que l’Allemagne ou l’Italie car ses exportations sont pour moitié dirigées vers la zone euro et non vers les pays émergents. Faire du commerce intra-zone limite les gains car les acheteurs paient dans la même monnaie et par ailleurs l’austérité que va imposer les pays de la zone euro en 2012 limitera les envies d’échanges commerciaux. 

L’euro peut-il poursuivre sa chute?

Il n’y aura pas de dégringolade et il serait bien que l’euro se stabilise aux alentours d’1,25 dollar, ce qui ne parait pas dément à l’heure actuelle. Du côté des Américains, la Réserve fédérale (la Fed) n’a aucun intérêt à un dollar trop fort et viendra compenser une éventuelle forte baisse de l’euro.