10 ans après, quel est le bilan de l'euro?

ECONOMIE Si la monnaie unique a permis de limiter la hausse de l'inflation, sa survie est désormais menacée...

Mathieu Bruckmüller

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Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque.
Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque. — Daniel Roland afp.com

Sans tambour, ni trompette, l’euro soufflera dimanche ses dix bougies. En pleine crise de la dette, l’heure n’est pas à la fête. Pour preuve, la Banque Centrale Européenne (BCE) a juste prévu d’organiser une journée portes ouvertes au deuxième trimestre 2012 ainsi qu’un jeu en ligne pour les enfants de 9 à 12 ans. Seule une pièce de deux euros sera éditée pour marquer le coup. Mais rien de plus. C’est un anniversaire en catimini.

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Rétrospectivement, ce 1er janvier 2002  sonnait comme une mini-révolution pour les douze pays, dix-sept aujourd’hui, qui avaient adopté l’euro. Adieu les coûteux bureaux de change pour obtenir des marks, des lires ou des pesetas. Désormais, l’euro est devenu la monnaie commune de 332 millions d’habitants. À la mi-2011, selon la BCE, 14,2 milliards de billets et 95,6 milliards de pièces étaient en circulation pour un montant de 869,8 milliards d’euros.

Une cote d’amour en berne

Pourtant, la cote d’amour de l’euro n’a jamais été élevée. Très vite, la monnaie unique a été accusée de faire flamber les prix. Un exemple: Le prix de la baguette de pain a grimpé de 27% en dix ans, deux fois plus vite que l'inflation.  L’euro est «un bouc émissaire facile», rétorque le magazine Que Choisir. Bien sûr, les prix de la plupart des produits de consommation courante ont «grimpé nettement plus vite que l'inflation», d'où le sentiment que depuis l'euro, tout augmente. Une idée renforcée par l'envolée des prix des matières premières. Mais dans le même temps, les produits manufacturés, comme les voitures, ou les téléviseurs, sont eux devenus moins chers, et plus performants. Il fallait près d'un Smic annuel pour s'offrir une Clio en 2002, «aujourd'hui sept mois suffisent».

Au final, la BCE signale qu’au cours des dix années écoulées, l’inflation a été maintenue autour de 2%, conformément à son objectif. Aux yeux, de l’économiste Jean Pisany-Ferry, cette maîtrise globale des prix, malgré les économies très différentes qui composent la zone euro, est le principal succès de la monnaie unique.

En revanche, l’euro n’a pas réussi à devenir une réelle alternative au dollar. La crise de la dette a mis en sourdine cette ambition. Surtout qu’entre temps, la Chine, deuxième puissance mondiale, fait le forcing pour promouvoir son Yuan.

Mais le principal échec de l’euro est le manque d’intégration politique et de convergence économique. «Le fossé Nord-Sud s’est creusé avec la Grèce à son extrême. On a laissés perdurer une situation dangereuse. Tout l’enjeu est désormais de réconcilier des économies qui ont divergé pendant dix ans», analyse Jean Pisany-Ferry. Et il y a urgence. Ce grand écart menace aujourd’hui de faire exploser la monnaie unique.

L’euro est-il un échec?

Alors, l’euro est-il un échec? Tout dépend si on prend le verre à moitié vide ou à moitié plein. Oui, il y a de quoi porter un jugement sévère à l’égard d’une monnaie qui peine, c’est le moins que l’on puisse dire, à trouver sa direction. Mais à quelle échelle de temps faut-il la juger? Ses difficultés peuvent aussi être vues comme les soubresauts inévitables d’une entreprise de longue portée, unique en son genre, qui va s’installer durablement dans l’Histoire.

Certes la défiance des peuples contre l’euro augmente. Un récent sondage indiquait qu’un Français sur trois souhaitait revenir au franc. Mais au final, «aucun pays ne veut en sortir. Même parmi ceux qui souffrent le plus comme l’Irlande, le Portugal et surtout la Grèce», note  Jean Pisany-Ferry.

En résumé, l’euro n’est pas la panacée, mais on s’en contente, faute de mieux. Pour l’instant.