Canada:L'industrie de l'amiante expire, mais rêve d'un résurrection

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Pour la première fois depuis 130 ans, le Canada ne produit plus d'amiante, fibre reconnue comme cancérigène, mais qui avait jadis fait la prospérité d'une région du Québec.
Pour la première fois depuis 130 ans, le Canada ne produit plus d'amiante, fibre reconnue comme cancérigène, mais qui avait jadis fait la prospérité d'une région du Québec. — Laurent Vu The afp.com

Pour la première fois depuis 130 ans, le Canada ne produit plus d'amiante, fibre reconnue comme cancérigène, mais qui avait jadis fait la prospérité d'une région du Québec. Dans la ville d'Asbestos ("amiante" en anglais), à environ 160 kilomètres à l'est de Montréal, la mine Jeffrey est fermée. Pour redémarrer, elle aurait besoin d'une garantie de 58 millions de dollars canadiens (43 millions d'euros) que le gouvernement du Québec tarde à lui accorder. La garantie permettrait à l'entreprise d'obtenir un prêt bancaire et de créer une nouvelle mine souterraine à la place de l'actuelle, à ciel ouvert.

L'autre mine, la dernière en activité, celle de Thetford Mines, à 60 km de là, vient de s'arrêter en raison d’un éboulis. Serait-ce la fin définitive de cette industrie? A Asbestos, où le chômage frappe de plein fouet, on n’ose y penser. L’or blanc, l’amiante chrysotile, réputé pour ses qualités ignifuges et isolantes, a fait la fortune de cette cité minière. Logée au coeur des Appalaches, elle vivait au rythme des norias de camions chargés de serpentine (la roche contenant l’amiante) allant de la mine à ciel ouvert aux concasseurs.

Plan de relance

A son apogée, la mine Jeffrey, premier employeur de la ville, donnait du travail à 1.800 employés. Mais avec l’interdiction de ce minerai dans plusieurs pays, les machines se sont tues, la production s’est effondrée, et avec elle, l’économie locale. Des 12.000 habitants d'Asbestos, il en reste à peine la moitié. Certains veulent encore y croire, tel Sylvain Courtemanche, 42 ans, chauffeur de poids lourd. L’amiante cancérigène? A d'autres! "A l’âge de cinq ans, je faisais des chemins dans la neige (poussière blanche) d’amiante... aujourd’hui je travaille dans l’amiante, je suis en très bonne santé."

Pour Serge Boislard, le président du mouvement Prochrysotile québécois, "l’amiante ne présente plus de risque, car il est encapsulé dans le fibrociment", donc il n'y a pas "de risque de dispersion dans l’air". L’arrêt des activités? Bernard Coulombe, président de la mine Jeffrey, espère leur reprise "courant avril 2012" et la création de 450 emplois. Il compte sur la garantie de prêt du gouvernement québécois, conditionnée par l'apport de 25 millions de dollars canadiens (18,4 millions d'euros) de capitaux privés. Selon lui, c’est chose faite. La société Balcorp - qui exporte l'amiante vers l'Inde - assure avoir réuni les fonds.

Première cause de décès par maladies professionnelles

Au pays de la feuille d’érable comme au Québec, l’exposition à l’amiante est la première cause de décès par maladies professionnelles. En juin, une délégation de 48 médecins québécois a conjuré le gouvernement canadien de faire inscrire la fibre toxique sur la liste des substances dangereuses de la convention de Rotterdam. Cela aurait contraint le Canada à aviser les acquéreurs des risques sanitaires encourus. Peine perdue, Ottawa campe sur ses positions, alléguant que "les fibres de chrysotile peuvent être utilisées sans danger dans des conditions contrôlées".

Au Québec, la ligne de conduite du gouvernement est la même. Le docteur Fernand Turcotte, ancien professeur en médecine préventive à l’université Laval, l'explique par un "copinage" traditionnel entre l’industrie de l’amiante avec les gouvernements au Canada. Chaque année, le Québec exportait plus de 100.000 tonnes d'amiante, principalement vers l'Inde et les pays en voie de développement. Cent mille, c’est aussi le nombre de décès dans le monde imputés chaque année à ce minerai.