Zone euro: après son coup d'éclat, Londres s'efforce de revenir dans le jeu

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Une semaine après son veto fracassant au sommet de Bruxelles, le Premier ministre britannique David Cameron, soucieux d'échapper à un "splendide" - mais périlleux- isolement, multiplie les contacts pour peser dans les discussions sur le nouveau traité européen.
Une semaine après son veto fracassant au sommet de Bruxelles, le Premier ministre britannique David Cameron, soucieux d'échapper à un "splendide" - mais périlleux- isolement, multiplie les contacts pour peser dans les discussions sur le nouveau traité européen. — Ben Stansall afp.com

Une semaine après son veto fracassant au sommet de Bruxelles, le Premier ministre britannique David Cameron, soucieux d'échapper à un "splendide" - mais périlleux- isolement, multiplie les contacts pour peser dans les discussions sur le nouveau traité européen.

Seul pays de l'UE à avoir rejeté, au nom des sacro-saints intérêts de la City, le principe de cet accord destiné à renforcer la discipline budgétaire, la Grande-Bretagne n'en vient pas moins d'accepter avec soulagement de participer aux réunions d'experts sur le sauvetage de l'euro.

"Vous avez besoin des 27 (pays de l'Union européenne) pour déterminer comment mettre en oeuvre" le pacte budgétaire, a justifié un porte-parole de David Cameron.

Selon une source diplomatique européenne, c'est le président du Conseil Herman Von Rompuy, désireux de maintenir la cohésion des 27, qui a lancé l'invitation. Les travaux de ce forum d'experts, où Londres disposera d'une sorte de statut d'"observateur", vont débuter mardi.

Soucieux de ne pas "claquer la porte aux nez des Britanniques", M. Van Rompuy avait déjà annoncé jeudi son intention de convoquer au plus tard début février un nouveau sommet des 27, au lieu d'un sommet de la seule zone euro, élargie aux pays volontaires, comme le demandaient la France et l'Allemagne.

Applaudi par les plus eurosceptiques de son camp, David Cameron a refusé de "présenter des excuses pour avoir défendu" les intérêts britanniques. Mais il s'est employé à reprendre langue avec ses partenaires.

L'objectif est de conjurer une marginalisation redoutée par tous ceux dans son pays - et pas seulement dans l'opposition - qui l'accusent d'avoir fait "une erreur catastrophique" en empêchant Londres de peser à l'avenir sur "des décisions économiques majeures".

Mardi, M. Cameron a téléphoné à M. Von Rompuy et à son homologue danois Helle Thorning-Schmidt, dont le pays doit assurer la prochaine présidence tournante de l'UE en janvier.

Il s'est également entretenu vendredi avec la chancelière Angela Merkel et son homologue polonais Donald Tusk, Varsovie assumant jusqu'à fin décembre la présidence de l'UE. Ces consultations vont se poursuivre la semaine prochaine, selon Downing Street, et des émissaires devraient être dépêchés dans les capitales européennes.

"Il semble que la position de la Grande-Bretagne soit moins tranchée que ne le pensent les tabloïds londoniens", a noté le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski.

Mais Londres, qui avait caressé l'espoir à Bruxelles d'entraîner dans son refus d'un nouveau traité nombre de pays non membres de la zone euro, avant de se retrouver seul contre tous, a aussi un autre fer au feu.

Il a appelé cette semaine les dirigeants tchèque et suédois, deux pays qui n'ont pas adhéré à la monnaie unique et qui ont demandé du temps avant de trancher sur l'accord trouvé à Bruxelles. Et il a eu un entretien avec son homologue irlandais Enda Kenny, qui a évoqué la possibilité de soumettre l'accord à référendum.

Démentant toute tentative de sabotage, Downing Street a assuré que la Grande-Bretagne cherchait simplement à "s'engager de façon constructive dans la discussion".

La stratégie de David Cameron pourrait avoir aussi une autre vertu à domicile: celle d'apaiser les tensions au sein de la coalition gouvernementale entre le parti conservateur qu'il dirige et les libéraux-démocrates europhiles, qui n'ont pas caché leur mécontentement après le "clash" de Bruxelles.

En revanche, elle n'a pas calmé le jeu avec la France, ulcérée par le veto britannique et dont les responsables n'ont eu de cesse de critiquer ces derniers jours la politique économique et l'endettement britanniques.