Pourquoi l'accord de Bruxelles ne va pas sortir l'Europe de la crise

ECONOMIE Pour nombre d'économistes, les dirigeants européens n'ont pas préparé les conditions du retour à la croissance...

Mathieu Bruckmüller

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Nicolas Sarkozy au sommet européen de Bruxelles le 9 décembre 2011
Nicolas Sarkozy au sommet européen de Bruxelles le 9 décembre 2011 — E. FEFERBERG / AFP

La barre était élevée. «Jamais le risque d'explosion de l'Europe n'a été aussi grand», mettait en garde Nicolas Sarkozy avant le sommet européen qui s’est ouvert jeudi soir à Bruxelles. Après plus de dix heures de tractations, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont mis d’accord sur de nouvelles mesures de gouvernance, avec à la clé, la perspective d’un nouveau traité pour les 17 pays de la zone euro ouvert aux autres membres de l’Union Européenne. Plusieurs responsables politiques ont estimé que le fruit de leur labeur était à la hauteur. Angela Merkel a parlé de «bon résultat» à même de redonner à la monnaie unique sa «crédibilité». Son de cloche similaire pour le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi. Un enthousiasme que ne partagent pas nombre d’experts.

Renforcement de la discipline budgétaire

Concrètement, l’accord conclu dans la nuit de jeudi à vendredi jette les bases d’un renforcement de la discipline budgétaire avec des sanctions automatiques quand les déficits des pays signataires seront supérieurs à 3% de leur PIB. Elles ne pourront être bloquées que par une majorité qualifiée de pays.

Par ailleurs, une «règle d'or» budgétaire permettant de maintenir ces déficits sous le seuil de 0,5% du PIB sur la durée du cycle économique devra être intégrée aux législations nationales, sous le contrôle de la Cour de justice européenne.

Sur un plan plus technique, le mécanisme européen de stabilité (MES) qui doit venir en aide aux Etats en difficulté sera mis en place, avec un an d’avance, en juillet prochain.

De manière complémentaire, les Etats de l’Union européenne se sont entendus pour étudier dans les dix jours la possibilité de prêter 200 milliards d'euros au Fonds monétaire international (FMI) pour en renforcer les ressources. Une somme qui permettra en urgence, si besoin, de prêter main forte à des pays comme l’Espagne et l’Italie, qui font face à une forte hausse des taux d’intérêt quand ils empruntent sur les marchés.

Des mesures insuffisantes

Mais toutes ces mesures aux yeux de plusieurs observateurs restent insuffisantes.

«On ne résout pas le problème de fond qui est l’absence de croissance», estime l’économiste Marc Touati. «Si on ne crée pas des conditions de retour à la croissance et de retour à la compétitivité, les maillons faibles de la zone euro auront énormément de mal à rembourser leur dette… Ce problème a été contourné», abonde l’ancien député européen Jean-Louis Bourlanges (ex-UDF), interrogé sur France Inter.

A quoi peuvent servir des sanctions automatiques pour des pays surendettés, sinon à creuser encore un plus leur endettement public? Surtout que le pacte de stabilité et de croissance signé en 1997 prévoyait déjà d’empêcher les déficits budgétaires excessifs et un niveau de dette supérieur à 60% du PIB. A l’époque, la France en tête s’était affranchie de ces contraintes. Aux yeux de Marc Touati, les dirigeants publics montrent une étonnante cohésion dans la non résolution de la crise. «Ils ne sont vraiment pas à hauteur de la situation», enrage-t-il.

Jean-Louis Bourlanges pointe le dilemme auquel fait face l’Europe. Avec d’un côté une vision allemande, qui ne jure que par l’assainissement des finances, et de l’autre «les autres pays», pour lesquels relancer la machine économique implique des dépenses.

On ne touche pas à la BCE

Baisse des taux d’intérêt à 0,5%, intervention de la BCE pour racheter sur les marchés la dette des pays en difficulté afin de freiner la flambée de leurs taux d’intérêt… Marc Touati plaide pour une intervention forte de l’institution de Francfort. En vain. Le couple franco-allemand refuse de toucher à sa sacro-sainte indépendance. La mission de la BCE est d’assurer la stabilité des prix. Un point c’est tout. Pas question de multiplier les opérations dites non-conventionnelles susceptibles d’augmenter l’inflation.

«La semaine se termine donc avec toujours aucune solution viable à la crise souveraine européenne, notamment pour limiter la contagion à la plupart des pays européens», notent les économistes de Natixis. A quand le prochain sommet de la dernière chance?