Menace sur le «AAA» français: François Fillon n'exclut pas de nouvelles mesures d'austérité

ÉCONOMIE e gouvernement s'est efforcé ce mardi de ne pas céder à la panique, même si, pour Nicolas Sarkozy, «la situation est grave»...

C.C. avec Reuters

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Le Premier ministre, François Fillon, le 6 décembre 2011, devant l'Assemblée nationale,  à Paris.
Le Premier ministre, François Fillon, le 6 décembre 2011, devant l'Assemblée nationale,  à Paris. — C.PLATIAU / REUTERS

Le gouvernement français s'est efforcé ce mardi de montrer qu'il conservait la maîtrise de la situation au lendemain de l'annonce par l'agence de notation Standard & Poor's du placement sous surveillance du AAA de la France.

Invité sur France 2 ce mardi soir, le Premier ministre François Fillon n'a pas exclu d'autres mesures d'austérité si la situation l'imposait, mais en fonction de la «réalité de la croissance» de 2012. Le chef du gouvernement a précisé qu'il se baserait notamment sur la croissance du premier et du second trimestre de 2012. «S'il faut aller plus loin, s'il y a d'autres mesures qui doivent être prises, le gouvernement français les prendra, ce n'est pas exclu», a-t-il déclaré.

«Appel à une gouvernance politique et économique plus solide»

Plus tôt dans la journée, François Fillon avait estimé que la meilleure réponse à l'avertissement de Standard and Poor's était la rédaction d'un nouveau traité européen. «D'une certaine façon, c'est un appel à une gouvernance politique et économique plus solide, et notre réponse est sans ambiguïté: c'est l'accord franco-allemand élaboré lundi par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel», a déclaré le Premier ministre devant l'Assemblée nationale. Le gouvernement français, a-t-il répété, «fera tout» pour respecter ses engagements budgétaires.

De son côté, Nicolas Sarkozy a cependant reconnu, lors d'un petit déjeuner avec la majorité parlementaire, que la situation était grave. La France a besoin d'unité, a ajouté le président de la République, cité par un proche.

«Une menace, pas une décision»

«Ce n'est pas une dégradation, c'est une menace de dégradation qui concerne l'ensemble de la zone euro», a temporisé le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. «Nous savons que nous avons plus d'efforts à faire que d'autres, c'est sûr», a-t-il ajouté au micro de RTL. «C'est une menace, ce n'est pas une décision, mais bien sûr qu'il faut la prendre au sérieux», a-t-il encore indiqué.

Pour sa part, le ministre de l'Economie, François Baroin, a estimé que le message de S&P s'adressait d'abord à la zone euro dans son ensemble et a assuré que la France emprunterait sans difficultés en 2012.

Interrogé sur la possibilité de faire adopter une règle d'or inscrivant dans la Constitution la nécessité du retour à l'équilibre budgétaire par le Congrès avant l'élection présidentielle, François Baroin a répondu : «Si une fenêtre de tir se présentait, le gouvernement la saisirait.» «Il faudra fixer une date. Il faudra que cette règle d'or soit compatible avec tout ce que les autres pays vont mettre en place», a-t-il dit.

«La règle d'or, ce sera après l'élection présidentielle»

Le candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle, François Hollande, s'est déclaré hostile à ce scénario. «La règle d'or, ce sera après l'élection présidentielle», a-t-il déclaré, imputant à la politique de Nicolas Sarkozy l'avertissement formulé par S&P.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a réclamé pour sa part une réflexion sur le rôle joué par les agences de notation dans la crise de la dette. Selon lui, la méthodologie de S&P est devenue plus politique et moins économique. «Les agences ont été un des éléments moteurs de la crise en 2008. Est-ce qu'elles sont en train de devenir un moteur de la crise actuelle? C'est une vraie question sur laquelle il faut qu'on réfléchisse tous», a-t-il déclaré.