Crédit immobilier: Pourquoi les banques refusent de prêter sur 30 ans?

ECONOMIE Dans le contexte actuel, une telle durée devient risquée...

Mathieu Bruckmüller

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Une agence immobilière à Paris en octobre 2008.
Une agence immobilière à Paris en octobre 2008. — L. BONAVENTURE / AFP

Contracter un crédit immobilier sur une durée de 30 ans devient de plus en plus compliqué. Près de 50 % des banques n'en accordent plus. « Compte tenu du niveau des taux et des incertitudes sur l'évolution des prix et du marché immobilier, prendre un crédit sur 30 ans, non seulement coûte cher, mais est surtout plus risqué pour l'emprunteur comme pour la banque. Par exemple, pour un crédit de 200.000 euros à 4,84 % sans apport, au bout de 5 ans de remboursement, l'emprunteur doit encore 199.728 euros à la banque. Si, entre-temps, le bien a perdu de la valeur, on comprend pourquoi emprunter sur 30 ans sans apport peut être risqué... », explique Sandrine Allonier, responsable des études économiques du courtier meilleurtaux.com.

Pour exemple: Sur 30 ans, un prêt de 200.000 euros à 4,84% coûte 179.501 euros contre 97.488 euros pour un crédit sur 20 ans à 4,26%.

La hausse des taux va se poursuivre en 2012

Cette fin d’année marque aussi une remontée des taux d’intérêt de 0,12% pour 86% des crédits octroyés actuellement. Et ce n’est qu’un début. «Nous privilégions le scénario d'une hausse progressive des taux pour le début de l'année 2012» précise Hervé Hatt, directeur général de meilleurtaux.com.

Plusieurs raisons soutiennent sa prédiction. La suppression du prêt à taux zéro (PTZ+) dans l’ancien l’an prochain entraîne un afflux de dossiers. «Pour un couple avec deux enfants achetant un bien ancien en zone A (Ile-de-France) à 300.000 euros, la perte du PTZ+ accroît le coût de leur crédit de plus de 12.000 euros», calcule Sandrine Allonier. S’y ajoutent la revue à la baisse du dispositif Scellier qui offre un crédit d'impôt à tous ceux qui se lancent dans l'investissement locatif, et l'entrée en vigueur de la réforme de la taxation des plus-values immobilières.

Le contexte économique incertain pousse aussi les banques à plus de prudence. Enfin, en raison des craintes de contagion de la crise de la dette en Europe, l'OAT 10 ans, c'est-à-dire le taux des obligations d'Etat utilisé par les banques pour calculer leur taux de crédit, est passé de 2,45 % le 12 septembre - son plus bas niveau historique - à 4,01% le 17 novembre avant de redescendre à 3,21 % le 5 décembre.