En mettant la France sous pression, Standard and Poor's s'inquiète de ses banques

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En menaçant lundi d'abaisser de deux crans la note de la France, l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) s'est inquiétée des contraintes nouvelles qui pèsent sur le financement des banques françaises et pourraient, selon elle, nécessiter l'intervention de l'Etat pour les renflouer.
En menaçant lundi d'abaisser de deux crans la note de la France, l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) s'est inquiétée des contraintes nouvelles qui pèsent sur le financement des banques françaises et pourraient, selon elle, nécessiter l'intervention de l'Etat pour les renflouer. — Stan Honda afp.com

En menaçant lundi d'abaisser de deux crans la note de la France, l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) s'est inquiétée des contraintes nouvelles qui pèsent sur le financement des banques françaises et pourraient, selon elle, nécessiter l'intervention de l'Etat pour les renflouer.

Dans sa note, S&P s'inquiète d'un "accès plus compliqué au financement" et fait état de "besoins considérables" en la matière en 2012.

"Le sujet de la liquidité (du financement), ainsi que la détérioration de la qualité des portefeuilles de titres et de prêts détenus par les banques françaises pourraient, selon nous, augmenter le risque d'un besoin d'injection de capitaux publics", estime l'agence.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a regretté mardi que les interrogations sur les banques françaises soient "devenues une mode sur certaines places étrangères", tout en réaffirmant que ces établissements sont "solides".

Le risque sur le financement des banques françaises "est avéré", a néanmoins considéré Alex Koagne, analyste de Natixis, tout en jugeant qu'un renflouement par l'Etat n'était qu'une "éventualité".

Depuis le mois d'août, les banques françaises empruntent plus difficilement sur les marchés en dollars, elles qui en étaient jusqu'ici grandes consommatrices.

Sous pression, les trois grandes banques françaises cotées ont toutes annoncé, en septembre, des mesures pour réduire leurs besoins en billets verts.

Ainsi, "le problème qu'ont connu les banques françaises sur la liquidité en dollars est en passe d'être résolu", observe donc Christophe Nijdam, analyste de AlphaValue.

Si des tensions existent aussi sur le financement en euros, "la problématique de liquidité et de refinancement des banques françaises fin 2011 n'est désormais pas pire que celle des établissements des autres pays de la zone euro", selon M. Nijdam.

Même si le marché des emprunts à moyen et long terme, presque totalement fermé depuis l'été, ne se rouvrait pas début 2012, il n'acculerait pas pour autant les banques françaises à demander de l'aide.

BNP Paribas et Société Générale ont déjà annoncé qu'elles pourraient se financer intégralement sans faire appel au marché en 2012, notamment grâce à des placements privés et à des émissions d'obligations distribuées dans leurs propres réseaux de détail.

Par ailleurs, en cas de durcissement prolongé, M. Nijdam rappelle que la Banque centrale européenne (BCE) envisage d'accorder des prêts à deux, voire à trois ans.

Dès lors, "la probabilité d'une intervention de l'Etat est limitée", affirme un analyste, sous couvert d'anonymat. Pour lui, S&P "adopte une approche sur plusieurs années et nous dit qu'au bout du compte, cela pourrait peser sur l'Etat français".

Dès la fin de l'été, les banques françaises se sont lancées dans une réduction de leur bilan, grâce à des cessions de portefeuilles et d'activités ou à l'arrêt de certains métiers, ce qui va diminuer également leurs besoins de financement en euros.

Cette réduction et les résultats que les banques ont engrangé au troisième trimestre vont d'ailleurs abaisser mécaniquement le montant de fonds propres supplémentaires que leur réclame pour fin juin le régulateur européen (EBA), pour l'instant fixé à 8,8 milliards d'euros.

Quant à la dégradation de la qualité des actifs, évoquée par S&P, "il n'y a pas de fragilité particulière" des banques françaises sur ce point, indique M. Nijdam.

"Si on ne trouve pas une solution pour la zone euro, oui, il y a aura une dégradation de la qualité des actifs, parce qu'il y aura une récession sévère", ajoute-t-il, mais le problème ne sera pas circonscrit à la France ou même au seul secteur bancaire.