La France perdra-t-elle son «AAA» d'ici Noël?

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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La France (ici, Paris) en danger?
La France (ici, Paris) en danger? — APESTEGUY/SIPA

Le «AAA» de la France ne tient plus qu’à un fil. Lundi, Standard & Poor's a mis la note française sous surveillance négative, comme celle de cinq autres pays de la zone euro, dont l’Allemagne. Pour le consultant indépendant Norbert Gaillard, auteur des Agences de notation aux éditions La Découverte, il sera très difficile pour l’Hexagone de conserver sa note. Une dégradation a même bien des chances d’arriver d’ici la fin de l’année.

La perte du «AAA» par la France vous semble-t-elle inévitable?

Il y a une très forte probabilité que la dégradation de la note française intervienne d’ici la fin de l’année. S&P a indiqué dans son rapport qu’elle essaierait de prendre position le plus rapidement possible après le sommet européen du 8-9 décembre. Chez S&P, la probabilité de dégradation après une mise sous surveillance négative est de 70%. Dans 30% des cas, il y a confirmation de la note avec un retour à la perspective stable. Mais nous sommes dans un scénario de conjoncture très défavorable.

Qu’est-ce qui permettrait à la France de sauver sa note?

Beaucoup devra être fait lors du sommet européen de cette fin de semaine pour éviter la dégradation. Cela passe par un rôle plus actif de la BCE, ce que les Français défendent mais que l’Allemagne refuse. Il faudrait aussi arriver à un grand accord sur ce que sera le fonctionnement de l’Union européenne et de la zone euro dans les mois et les années à venir. S&P insiste beaucoup sur le blocage politique au niveau européen.

C’est donc autant la situation financière que politique qui inquiète?

Oui. Dans les grands critères utilisés par les agences,  il y a notamment la situation politique et la liquidité (la capacité ou non d’un pays d’emprunter sur les marchés à des taux suffisamment bas). Sur ce dernier point, je trouve que S&P est assez sévère car la France comme les autres pays «AAA» se financent à des taux bas.

S&P se penche aussi sur le critère monétaire. Elle a un doute sur la pérennité de la zone euro et donc de l’euro. Or, aujourd’hui, la monnaie unique est à un niveau élevé, signe d’une confiance des investisseurs. S&P doit faire attention. On peut accuser les agences d’être en retard. Mais il ne faudrait pas qu’elles soient trop en avance et provoque la défiance des investisseurs.

Quelles seraient les  conséquences pratiques d’une dégradation de la France?

Il faut s’attendre à une petite hausse des taux d’intérêt, mais pas à une envolée. En revanche, cette dégradation entraînerait l’abaissement d’autres «AAA», comme celui de la Caisse des Dépôts ou de la ville de Paris. Cela n’a pas de sens d’avoir une collectivité locale notée au-dessus du souverain. Les taux auxquels elle emprunte seraient donc plus élevés, entraînant un risque d’une hausse des impôts locaux.

Les banques françaises risquent aussi de voir leur note abaissée, ce qui peut amener les institutions à diminuer le crédit qu’elles accordent aux ménages et aux particuliers.