Avertissement de S&P, les experts réagissent aussi: «Ce n'est pas une surprise»

CRISE En marge des réactions des politiques, voici celles des experts, à l'avertissement de l’agence de notation Standard & Poor's sur les notes de la zone euro...

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Photo du 55 Water Street à New York, siège de Standard & Poor's, le 9 octobre 2011, aux Etats-Unis.
Photo du 55 Water Street à New York, siège de Standard & Poor's, le 9 octobre 2011, aux Etats-Unis. — AP Photo/Henny Ray Abrams

Vincent Treulet, responsable de la stratégie d'investissement, Bnp Paribas IM: «L'effet d'annonce n'est évidemment pas agréable. Les marchés n'ont toutefois pas attendu ce genre de mise sous surveillance pour écarter les prix des obligations des différents pays. On a d'ores et déjà des spreads entre pays qui reflètent une compréhension du risque par le marché qui est différente.

Le marché fait déjà ses jeux sur la solvabilité des Etats; si l'on regarde celle de la France, le marché ne nous dit pas du tout qu'il y a un risque d'insolvabilité de la France aujourd'hui, la forme de la courbe des taux affiche une pente dans le bon sens et le niveau de taux d'intérêt absolu est toujours historiquement faible même s'il s'est un peu écarté par rapport au taux allemand.

Evidemment, il y a une certaine pression qui est mise par ce genre de dégradation. Mais pour autant, c'est déjà très largement dans le marché et il ne faut surtout pas en déduire que le coût de financement des Etats dépend du rating. Le coût de financement des Etats dépend du marché, qui se fait avec plein d'éléments, dont le rating. Or, en l'occurrence, l'écartement de spread est déjà derrière nous.»

Jean-Louis Mourier, économiste, Aurel BGC: «Paradoxalement, la réaction des marchés à court terme risque d'être moins grave que si la France seulement avait été concernée. C'est une décision globale, et Standard & Poor's ne met pas en exergue un pays particulier qui aurait fait l'objet de pressions directes.

Il y a le timing, bien sûr, avec une annonce qui intervient juste après la rencontre entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. C'est un peu comme quand ils annoncent la dégradation d'un pays juste après qu'il a pris des mesures d'assainissement budgétaire. Mais ils font explicitement référence au sommet de jeudi et de vendredi dont l'issue pourrait remettre en cause le processus de révision des notes s'il y avait un engagement ferme sur la discipline budgétaire.

A plus long terme, on sait que les notes baissent beaucoup plus vite qu'elles ne remontent, et donc cela risque d'avoir des conséquences sur les coûts de financement pour les pays concernés.»

Laurent Fransolet, Cagdas Aksu, économistes, Barclays Capital: «Les marchés ont répondu positivement lundi à la rencontre Merkel-Sarkozy, à l'issue de laquelle des précisions ont été données sur leur compromis en matière (de discipline) budgétaire), la participation du secteur privé et le MSE. Toutefois, la décision de S&P de placer 15 pays de la zone euro, dont les six pays notés 'triple A', sous surveillance avec implication négative a fait l'effet d'une douche froide sur le timide regain d'appétit pour le risque, comme l'illustre la chute de l'euro contre dollar sous 1,34.

Parmi les pays non 'triple A', l'Italie pourrait subir de nouvelles pressions car elle est exposée à voir sa note dégradée à BBB+.»

Cary Leahey, directeur général, Decision Economics: «Il est toujours possible de dire que c'est un indicateur retardé du consensus, mais c'est négatif. (L'avertissement) concerne des pays allant jusqu'à et incluant l'Allemagne. L'Allemagne est un peu une surprise, car elle a vraiment une qualité de crédit de premier ordre. Mais l'une des choses qui inquiète l’Allemagne est que si elle doit supporter une partie du fardeau de ses partenaires financiers, alors sa propre qualité de crédit en souffrira. En ce qui concerne l'Allemagne, la perte du 'triple A' ne signifie sans doute pas la fin de la carrière de Merkel. Sarkozy est plus vulnérable en France.»

William Larkin, gérant obligataire, Cabot Money Management: «Nous avions eu quelques nouvelles positives depuis quelques jours, donc il fallait s'attendre à en avoir de négatives. Cela revient un peu à frapper un homme à terre. Je ne sais pas à quel point cette nouvelle est déjà intégrée dans les prix. Il ne semble pas que les taux à dix ans (des bons du Trésor américain) réagissent beaucoup dans l'immédiat, mais le marché européen est fermé.

Le plus important pour l'avenir est que les rendements sur ces obligations (européennes) restent dans leur fourchette actuelle - ils semblent qu'ils soient orientés à la baisse, ce qui est bon pour toutes les parties concernées. (Cette nouvelle) est en partie, voire en majorité, intégrée dans les cours.»

Jacob Oubina, économiste pour les Etats-Unis, RBC Capital Markets: «Je ne pense pas que cela soit une surprise pour quiconque. De mon point de vue, cela était attendu depuis longtemps si l'on prend en compte tous les problèmes et le peu d'avancées dans la résolution de la crise (de la dette souveraine en zone euro).

Il y a eu un assez net mouvement à la baisse des rendements des treasuries quand les rumeurs (sur cette annonce) ont commencé à circuler.

Si l'Allemagne est dégradée, et cela semble très vraisemblable, les rendements des treasuries vont retrouver leurs plus bas récents.»

Brian Dolan, stratégiste, forex.com: «Je continue de penser que les agences de notation souffrent d'un déficit de crédibilité. Cela dit, nous savons que l'Europe connaît une situation très difficile, et cette initiative semble appropriée.

En fin de compte, c'est peut-être une manière pour S&P de dire à l'Union européenne que c'en est fini et qu'il faut que quelque chose soit fait maintenant. S'ils essaient d'envoyer un message, c'est le bon moment. Cela devrait peser sur la perception du risque. Je serais surpris de voir les marchés actions européens en hausse.

Pour ce qui est de l'euro, il semble bénéficier d'une sorte de soutien magique. Il y a suffisamment d'optimisme sur le fait que l'Europe va enfin faire quelque chose cette fois, aussi les vendeurs d'euros sont-ils plutôt nerveux.»