Contribution au FMI: Pourquoi le Brésil veut-il imposer ses conditions?

ECONOMIE Le Brésil a refusé dans l'immédiat d'alimenter les caisses du Fonds monétaire international. Un choix bien réfléchi?...

Bertrand de Volontat

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Christine Lagarde lors d'une conférence de presse au Brésil pour promouvoir sa candidature à la tête du FMI le 30 mai 2011.
Christine Lagarde lors d'une conférence de presse au Brésil pour promouvoir sa candidature à la tête du FMI le 30 mai 2011. — Eraldo Peres/AP/SIPA

Le Brésil, par l’intermédiaire de sa présidente Dilma Rousseff, avait affirmé lors du G20 de Cannes, qu’il n’avait pas l’intention de financer directement le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Il avait en revanche affirmé vouloir augmenter sa contribution au FMI. Une promesse désormais soumise à conditions. Explications.

«Changement d’époque»

Christine Lagarde, en voyage au Brésil en fin de semaine dernière, n’aura pas récolté l’argent nécessaire au Fonds monétaire international pour aider l’Europe. Le Brésil, à l’instar de la Chine, prêteur frileux pour le moment, a décidé d’entrer en négociations.

«Ce refus constitue un retournement depuis le G20, constate Christine Rifflart, économiste à l’OFCE.  Il s’agit d’un changement d’époque.» Les ex-pays émergents qui bénéficiaient autrefois de l’aide internationale pour grandir sont désormais ceux qui disposent des plus importantes ressources financières en fonds propres. Mais le Brésil, en position de force actuellement, ne va-t-il pas un peu vite en besogne? Est-ce un bon calcul économique et dans l’éventualité d’un retour en force de la zone euro et de ses banques (qui financent en partie les marchés émergents) de refuser d’aider le FMI aujourd’hui?

Le pays, huitième puissance économique mondiale, veut désormais se positionner en tant que puissance émergente qui peut se permettre d’influencer, voire d’inverser, les flux de financement. Sa volonté de s’affirmer passe par le souhait d’obtenir une place plus importante (en compagnie des autres pays des BRICS) au sein des institutions internationales, y compris au siège du FMI, à Washington. Il s’agit pour sûr d’un juste retour des choses et aussi d’une volonté d’avoir sa place à la table des négociations, notamment pour minimiser les risques de contagion tout en s’assurant que la zone euro fera les efforts nécessaires au préalable.

Une décision politique

Le Brésil est dans une situation stable et «solide» selon le terme du FMI avec une croissance sans tendance inflationniste et vient de rabaisser son taux directeur. Dans ce fauteuil confortable, il pourrait ainsi accroître ses moyens de pression sur la zone euro.

Toutefois, «le Brésil n’a pas intérêt à ce que la zone euro s’effondre», précise l’économiste. «Ils vont attendre qu’elle se stabilise», comme l’a notamment prévu Dilma Rousseff qui prendra des décisions après le conseil européen de jeudi et vendredi prochain à Bruxelles.  Les BRICS ont en outre prévu de se rencontrer à ce sujet en janvier. Pour peut-être décider d’apporter leur contribution.

«Il s’agit d’une décision avant tout politique», conclut Christine Rifflart.