Discours de Toulon: Nicolas Sarkozy est-il crédible?

ECONOMIE «20 Minutes» passe au crible les principales annonces du président de la République...

Mathieu Bruckmüller

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Le président de la République Nicolas Sarkozy, lors de la Conférence sur la finance internationale à l'Elysée, le 22 novembre 2011 à Paris.
Le président de la République Nicolas Sarkozy, lors de la Conférence sur la finance internationale à l'Elysée, le 22 novembre 2011 à Paris. — R. de la Mauviniere/REUTERS

Travail, révision de notre modèle social, réforme des traités européens… Mi-président, mi-candidat, Nicolas Sarkozy a tenu un discours musclé jeudi soir à Toulon (Var) sur la crise qui secoue la France et la zone euro. En creux, il a esquissé les thèmes sur lesquels il devrait faire campagne au début de 2012. 20 Minutes passe au crible quelques-unes des solutions proposées.

La réponse à la crise

«La première, c'est de la nier (...) la seconde, c'est de faire le choix exclusif de l'austérité, de la rigueur, de la déflation (...) Il y a un autre choix possible. Celui de répondre à la crise par le travail, par l'effort et par la maîtrise de nos dépenses. C'est un ajustement par le haut. C'est un choix qui préserve le niveau de vie.»

Difficile de ne pas adhérer à cette proposition. «Les politiques d’austérité ne sont pas une solution. Mais la réduction des dépenses serait contre-productive. Il faut relancer la production, l’investissement et la consommation pour que les gens puissent travailler», plaide Henri Sterdyniak, directeur du département économie de la mondialisation à l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE).

«La sortie de la crise ne peut passer que par une croissance plus forte, mais elle ne se décrète pas. Or, les conditions de son retour (taux d’intérêt plus bas, euro plus faible…) ne sont pas là», fait remarquer Marc Touati, directeur des études économiques de la compagnie financière Assya. La sortie de crise n’est pas pour tout de suite.

La protection sociale

«On ne peut pas financer notre protection sociale comme hier en prélevant uniquement sur les salaires quand les frontières sont plus ouvertes et qu'il faut faire face à la concurrence de pays à bas salaires. La réforme du financement de notre modèle social est devenue urgente.»

En clair, le presque candidat Sarkozy plaide pour l’instauration de la très controversée TVA sociale. L’enjeu est de savoir comment financer la Sécu (assurance maladie, accidents du travail, retraites et les allocations familiales) dont le déficit dépassera les 18 milliards d’euros cette année. Aujourd’hui, les cotisations sociales sont payées en partie par les salariés et en partie par les entreprises. La TVA sociale transfèrerait la participation des entreprises, au moins en partie, vers les ménages, qui la paieraient à travers une hausse de la TVA. Objectif: booster la compétitivité des entreprises. L’instauration d’une telle mesure est un vrai serpent de mer. Tous les gouvernements successifs s’y sont cassé les dents. Et pour cause. Une hausse de la TVA dans le contexte actuel casserait à coup sûr la croissance en réduisant le pouvoir d’achat des ménages, décrypte Marc Touati. «La TVA sociale, c’est augmenter les profits des entreprises sur le dos des ménages», assène Henri Sterdyniak. Pas certain que Nicolas Sarkozy même s’il était réélu, s’y frotte vraiment.

L'emploi

«En janvier prochain, j'inviterai tous les partenaires sociaux à participer à un sommet sur l'emploi pour que chacun puisse apporter des solutions, faire des propositions. Il faudra avoir le courage d'affronter les grandes questions et de lever les tabous sur les freins à la compétitivité française. Sur l'emploi on n'a pas tout essayé (...)»

Un sommet sur l’emploi, la CFDT le réclame depuis le mois d’août. «Mieux vaut tard que jamais», ironise Marc Touati. Il y a urgence. Le nombre de demandeurs d’emploi est au plus haut depuis 1999 et le taux de chômage menace de franchir la barre des 10% au printemps. De très mauvaise augure à l’approche de la campagne présidentielle. Pourtant, ce sommet risque de tourner au dialogue de sourd. Le seul moyen de réduire durablement le chômage c’est la croissance. Or, à tout casser elle atteindra 1% en 2012. Insuffisant.

Sur l’emploi, Nicolas Sarkozy a de nouveau martelé que les 35 heures avaient été une grave erreur. «Cela ne sert à rien de les stigmatiser. Ce n’est pas une catastrophe pour les salariés qui le choisissent. Il faut seulement ne pas les imposer à tout le monde. Nicolas Sarkozy aurait pu les supprimer depuis cinq ans», remarque Marc Touati.

La zone euro

«Au sein de la zone euro, il nous faut maintenant aller sans crainte vers davantage de décisions prises à la majorité qualifiée.»
Un bon point pour Henri Sterdyniak, mais qui sera difficile à mettre en œuvre. Le passage à la majorité qualifiée qui permettrait d’éviter les blocages intempestifs nécessite l’unanimité des membres.

«Examinons en commun nos budgets. Instaurons des sanctions plus rapides plus automatiques et plus sévères pour ceux qui ne respectent pas leurs engagements. Renforçons les dispositifs de prévention pour que les dérives que nous avons connues ne se reproduisent plus.»

Le pacte de stabilité et de croissance signé en 1997 avait été créé pour limiter les déficits budgétaires excessifs. Il prévoyait des sanctions qui n’ont jamais été appliqués. «On fait croire que le problème vient de la zone euro, mais ils vient de ses membres qui ont la responsabilité de réduire leur déficit», souligne Marc Touati.

Renforcer les dispositifs de prévention, comme l’avance Monsieur Sarkozy nécessitera une modification des traités. «Si les chefs d’Etat et de gouvernement les font adopter par les parlements nationaux, il faut compter un délai de six mois pour son application sauf en cas de refus de l’un d’entre eux», calcule Henri Sterdyniak.

Le rôle de la BCE

«La BCE est indépendante. Elle le restera. Je suis convaincu que face au risque déflationniste qui menace l'Europe la Banque Centrale agira. A elle de décider quand et avec quels moyens. C'est sa responsabilité. Nul ne doit douter qu'elle l'assumera.»

Nicolas Sarkozy joue à l’équilibriste. Angela Merkel est viscéralement attachée à l’indépendance de la BCE. Pour ne pas la froisser, il doit en apparence tenir le même langage. Pourtant, Nicolas Sarkozy souhaite que l’institution de Francfort joue un rôle plus actif en rachetant davantage de dettes des pays de la zone euro pour faire diminuer le taux d’intérêt auquel ces pays empruntent. «La France est la seule à avoir une position réaliste», estime Henri Sterdyniak. Seul hic, l’hexagone n’est pas en mesure pour l’instant de faire plier l’intransigeance allemande.

Au final, ce grand discours sur la crise a un goût un peu amer. «On est entré en campagne. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. En terme de crédibilité, peut-être aurait-il fallu attendre pour annoncer des mesures concrètes», estime Marc Touati.

Plus un discours de candidat que de Président en somme.