Emprunt national: Une idée pas toute neuve

ECONOMIE Alors que l'idée d’un grand emprunt national fait son chemin pour venir au secours de la dette de l’Etat, «20 Minutes» revient sur les précédents cas du genre...

Bertrand de Volontat

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 Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy en janvier 1995
 Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy en janvier 1995 — REUTERS/STR
  • Les quatre emprunts de Défense nationale de 1915 à 1918. Dits «perpétuels», ils ne devaient pas être remboursés mais être reversés sous forme de rente aux souscripteurs, à hauteur de 5%.
  • L’emprunt de la Libération en 1944. Il leva 164,4 milliards de francs à l’initiative du ministre des Finances du premier gouvernement après la Libération, Aimé Lepercq (décédé en novembre 1944).
  • L'emprunt à 3% Caisse nationale de l'énergie de 1946. Emis afin d’indemniser les actionnaires des compagnies de gaz et d'électricité de la création d’EDF-GDF, indexé à 100% sur le chiffre d'affaires d'EDF-GDF. Sa valeur de remboursement fut multipliée par 40. Amortissable jusqu'en 1996.
  • L'emprunt Pinay à 3,5% de 1952, renégocié à 4,5% en 1973. Gagé sur l’or, il fut exonéré d'impôt et de droits de successions afin de convaincre les classes moyennes. Il devait rapporter environ 430 milliards de francs. Remboursé par anticipation en 1988, son cours a été multiplié par 15.
  • L'emprunt Giscard à 7% de 1973. Indexé à partir de 1978, sur le cours du lingot d'or. D'un montant de 6,5 milliards sur quinze ans, il a coûté à l'Etat, en 1988, 92 milliards (capital et intérêts), soit, en francs constants, plus de trois fois et demie sa valeur d'origine.
  • L'emprunt Barre à 8,8% de 1977. D'un montant de 8 milliards sur quinze ans, bénéficiant d'un abattement fiscal de 1.000 francs par an sur les intérêts, il n'aura que très peu profité de sa garantie fondée sur l'écu (l’ancienne monnaie européenne).
  • L'emprunt Mauroy à 10% de 1983. Créé pour marquer le tournant de la rigueur, alors que l’inflation était de 9,6%, ce fut un «emprunt forcé» auprès des contribuables payant plus de 5.000 francs d'impôts. Ceux-ci durent verser 10% du montant de leur impôt (IRPP et ISF). La collecte fut de 14 milliards de francs, intégralement remboursés deux ans plus tard, en 1985.
  • L'emprunt Balladur à 6% de 1993. Emis pour «financer l'accès au travail des jeunes et la relance des travaux publics et du bâtiment», selon L’Express. Il aura permis de collecter 110 milliards de francs (16,5 milliards d'euros) de souscription, contre 40 milliards escomptés. Amortissable sur quatre ans, la démarche s'est révélée lourde pour les finances publiques. Au-delà de son remboursement (90 milliards de francs et 30 milliards reconvertis en actions d’entreprises privatisées), l'emprunt avait coûté au final près de 4,3 milliards de francs supplémentaires à l'Etat. Il s’agissait en revanche d’un bon placement pour les quelque un million de Français qui y avait souscrit.
  • Les autres. L’emprunt national de 1818, initié par le duc de Richelieu remboursa la dette de l’Etat en levant 163 millions de francs. Plus récemment, l’emprunt Sarkozy, en 2010, aura permis la souscription de 35 milliards d’euros, mais auprès des seuls marchés financiers et non des Français.

Ci-dessous, en 1952, le président du Conseil et ministre des Finances, Antoine Pinay vient d’annoncer la lancement d’un emprunt public.