2012, année noire pour l'emploi en France?

TRAVAIL Les plans de restructuration se multiplient. Et pourraient bien s'accélérer...

Gilles Wallon et Mathieu Bruckmüller

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Le chômage a continué de monter en flèche en septembre, le nombre de demandeurs d'emploi grimpant à un niveau jamais vu depuis près de douze ans, sur fond d'un brutal ralentissement de la croissance qui ne laisse pas présager d'une embellie.
Le chômage a continué de monter en flèche en septembre, le nombre de demandeurs d'emploi grimpant à un niveau jamais vu depuis près de douze ans, sur fond d'un brutal ralentissement de la croissance qui ne laisse pas présager d'une embellie. — Philippe Huguen afp.com

Péril sur l’emploi en France. Du journal Paru Vendu (1650 salariés) à BNP Paribas (373 emplois), en passant par PSA et ses sous-traitants (5.000 postes), Pfeizer (225 salariés), ou Madrange (137 CDI), l’actualité des dernières semaines est rythmée par la succession des plans de restructuration. Cette litanie est loin d’être terminée. Des incertitudes planent sur Areva, et Air France doit présenter un plan de redressement au premier trimestre 2012.

«L’emploi baisse de façon préventive, juge l’économiste Nicolas Bouzou. C’est un nouveau mode de gestion des grandes entreprises. J’ai peur que dans certains secteurs, on voit les plans sociaux se multiplier dans les prochaines semaines.» Même analyse chez Pierre Ferracci, directeur de Secafi, spécialisé dans l’accompagnement des comités d’entreprise: «Avec la quasi-certitude de la dégradation du triple A français, les plans qui étaient dans les tiroirs commencent à sortir.»

Les plans sociaux en sourdine

Pour éviter les suppressions d’emplois, les entreprises jouaient jusque-là sur les variables d’ajustement: l’intérim (moins 20.000 postes au troisième trimestre) et le non-renouvellement des CDD. Maintenant, elles s’attaquent au dur: les CDI. Mais elles évitent d’annoncer des plans sociaux (rebaptisés plans de sauvegarde de l’emploi), toujours désastreux en termes d’image. «A la place, elles privilégient les plans de départs volontaires et les ruptures conventionnelles, explique Pierre Ferracci. Mais ce n’est pas la peine de se raconter des histoires. Quand on supprime des emplois, on supprime des emplois.»

Automobile, aérien, nucléaire, pharmacie, banques, médias… Les menaces sur l’emploi touchent des secteurs très variés. Des ouvriers aux cols blancs, 160.000 postes en France seraient menacés, selon une étude du cabinet Altarès. «Pour la première fois depuis très longtemps, la phase attentiste habituelle avant une grande élection politique ne va pas être respectée», remarque Pierre Ferracci. Selon lui, «PSA, la BNP ou la SocGen sont des entreprises en général assez sensibles aux pressions des pouvoirs publics. Si elles se restructurent maintenant, c’est qu’elles estiment que la situation va se dégrader très sensiblement. L’année 2012 s’annonce extrêmement compliquée.»