Le blues des petits actionnaires

BOURSE Les entreprises n'ont jamais eu autant besoin d'investisseurs pour se développer. Mais réconcilier les Français avec la Bourse ne sera pas une mince affaire...

Mathieu Bruckmüller
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La Bourse de Paris accélérait brutalement le rythme jeudi après-midi et prenait plus de 3%, propulsé par la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d'abaisser son taux directeur de 0,25 point à 1,25%, sur fond de crise gouvernementale en Grèce.
La Bourse de Paris accélérait brutalement le rythme jeudi après-midi et prenait plus de 3%, propulsé par la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d'abaisser son taux directeur de 0,25 point à 1,25%, sur fond de crise gouvernementale en Grèce. — Patrick Kovarik afp.com

Sale année pour les actionnaires. Depuis le début de l’année, le CAC 40 a dévissé de plus de 20% sur fond de crise de la dette. En cinq ans, l’indice phare de la Bourse de Paris a même chuté de 45%.

Les petits porteurs rencontrés ce vendredi matin à l’ouverture d’Actionaria, le salon de la Bourse qui se déroule à Paris jusqu’à samedi, faisaient grise mine. Plusieurs ont fait le déplacement pour rencontrer les dirigeants des entreprises dont ils sont actionnaires afin d’être rassurés. «Avec la baisse des marchés, j’ai une moins-value virtuelle de plus de 100.000 euros. Je suis à la recherche d’informations sur la stratégie des entreprises dans lesquelles j’ai placé de l’argent», explique un professionnel du marketing. D’autres ne se font plus d’illusions comme ce retraité: «La valeur de mon portefeuille a fondu et je ne retrouverai jamais ma mise de départ. J’avais de l’argent disponible à placer en Bourse au printemps dernier, mais finalement j’y ai renoncé.»

Des actionnaires très prudents

Une prudence confirmée par un récent sondage d’OpinionWay mené auprès d’actionnaires individuels. En effet, 54% des sondés révèlent ne pas avoir investi de sommes complémentaires au cours des six derniers mois. De plus, 57% indiquent ne pas vouloir toucher à leur portefeuille dans les six mois à venir.

Des résultats qui n’ont rien de surprenant alors que depuis cet été, les marchés actions sont d’une nervosité extrême. «La volatilité est un symptôme très préoccupant. C’est un repoussoir», confirme Dominique Cerruti, directeur général de Nyse Euronext dont dépend la Bourse de Paris. Un phénomène que ses équipes cherchent à réduire. Mais il y a urgence. De 2009 à 2010, le nombre d'actionnaires individuels serait passé 7 millions à 5,3 millions en France, d’après une enquête de TNS Sofres.

Les capitaux manquent 

Mais les entreprises françaises ont plus que jamais besoin d’investisseurs. Le déficit endémique de capitaux freine le développement des PME françaises. «Aux Etats-Unis, 70% des entreprises se financent grâce au marché financier contre 30% grâce au crédit bancaire. En France c’est l’inverse», rappelle Dominique Cerruti. Or, les tensions grandissantes sur l’octroi de financement par les banques risquent d’entraver leur croissance.

Convaincre les Français de réorienter leur épargne vers les marchés actions ne sera pas une tâche facile. Surtout «à un moment où les indices ont perdu leur repères et sont déconnectés de la réalité économique», reconnaît Vincent Mag, le directeur d’Actionaria. Mais pour lui, les marchés boursiers ne peuvent que rebondir. Car malgré les tourments actuels, les entreprises ne vont pas s’arrêter de tourner.

«On apprend aux investisseurs à regarder autre chose que les indices au jour le jour. Sinon c’est le meilleur moyen d’être dégouté. Il faut venir en Bourse pour comprendre ce que font les entreprises, les accompagner sur le long terme et garder la tête froide. Il ne s’agit pas  de faire des allers et retours pour réaliser du profit à court terme», argumente Vincent Mag.

Evolution de la fiscalité

Le président du Cercle des Economistes, Jean-Hervé Lorenzi, réclame, de son côté, une évolution de la fiscalité. Avec une rémunération proche de 3%, les fonds en euro d’assurance-vie, par exemple, deviennent à peine plus compétitif que le livret A rémunéré à 2,25% net d’impôt. «Détenir des actions est fiscalement de moins en moins intéressant», abonde un petit porteur.

«L’image de marque de l’action est très mauvaise…Il y a une sacré pente à remonter», analyse, lucide, Dominique Blanc, co-président de l’Institut Pro-Actions.

>>Et vous, êtes-vous prêt à investir une partie de votre épargne en actions dans les mois qui viennent?  Dite-le nous dans les commentaires ci-dessous...