Un troisième plan de rigueur est-il inéluctable?

ECONOMIE Le gouvernement s'y refuse. Mais pour respecter ses engagements budgétaires, il risque d'y être contraint. Le fera-t-il avant ou après la présidentielle?...

Mathieu Bruckmüller

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Le ministre de l'Economie, François Baroin, lors des questions au gouvernement, le 8 novembre 2011, à l'Assemblée nationale, à Paris.
Le ministre de l'Economie, François Baroin, lors des questions au gouvernement, le 8 novembre 2011, à l'Assemblée nationale, à Paris. — P.WOJAZER / REUTERS

Promis, juré. «Nous ne travaillons pas sur un troisième plan» de rigueur a martelé François Baroin, le ministre de l’Economie dans les colonnes des Echos ce mercredi. «Ces rumeurs sont totalement infondées», a, de son côté, abondé Valérie Pécresse, sa collègue du Budget.

Le budget 2012 qui  a été voté ce mercredi par les députés a été bâti sur une projection de croissance ramenée à 1%. Pour respecter son engagement d’atteindre la barre des 4,5% de déficit public l’an prochain, le gouvernement a présenté le 7 novembre un deuxième plan de rigueur en moins de trois mois, portant sur 7 milliards d’euros d’économies après les 12 milliards, annoncés à la fin août. Ces deux tours de vis seront-ils suffisants? Rien n’est moins sûr.

De nombreux prévisionnistes estiment que l’hypothèse de croissance retenue par l’exécutif est encore trop optimiste. La Commission européenne ne table plus que sur 0,6%. Pas de souci rétorque François Baroin: «Nous avons dans le budget, prévu les marges nécessaires pour tenir notre objectif de déficit en 2012 en cas de ralentissement plus prononcé de l’économie, avec 6 milliards d’euros de crédits mis en réserve. Même à 0,5% de croissance, nous pourrions faire face.»

Des économistes qui ne sont pas convaincus

Un argument qui a du mal à convaincre les économistes. Dans un entretien accordé au Monde, Patrick Artus de Natixis, estimait, mardi, qu’il faudra trouver 7 milliards d’euros supplémentaires l’an prochain pour rentrer dans les clous des 4,5% de déficit budgétaire.

Plus pessimiste, Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE, calcule que le gouvernement devra réaliser 20 milliards d’euros de nouvelles économies.

Il envisage donc une succession de plans d’austérité qui verrait en 2012 la croissance française reculer de 0,5%. Pire encore. Si l’ensemble des pays européens, de concert, mettaient en œuvre leur politique d’austérité, la facture serait encore plus salée: une croissance négative de 1,7%.

« Aujourd’hui, on confond rigueur et assainissement budgétaire. La hausse d’impôts telle qu’elle est pratiquée est vouée à l’échec et risque d’aggraver la récession qui se profile. Pour restaurer notre crédibilité, il faut réduire nos dépenses publiques et notamment celles de fonctionnement qui ne font pas de croissance», explique Marc Touati, du cabinet d’analyse Assya.

Pas de plan de rigueur avant la présidentielle

«Ce n’est pas le moment de charger la barque. Mieux vaut préserver ce qui nous reste en croissance plutôt que de réaliser un nouveau tour de vis budgétaire. Attendons de voir ce qui va se passer dans les mois à venir», estime Matthieu Plane de l’OFCE.

Tout nouveau plan de rigueur avant les élections présidentielles semble donc exclu. Politiquement, une nouvelle cure d’austérité avant l’échéance électorale serait un pari très très risqué. Mais après? La majorité actuelle est prise au piège. Elle martèle depuis des mois qu’elle ne reviendra pas sur les 4,5% de déficit en 2012 et de 3% en 2013. Des objectifs que François Hollande a également repris à son compte. Au vu des prévisions de croissance actuelle, échapper à un nouveau plan de rigueur l’an prochain semble donc bien difficile.