Pétrole : trente ans de fluctuations du cours du brut

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AFP TV

La dépendance au pétrole n’est pas récente. Dans les années soixante-dix, deux crises successives ébranlent l’économie mondiale et révèlent la fragilité des pays industrialisés face à la pénurie de brut. En redistribuant les cartes, ces « chocs pétroliers » voient l’émergence de nouveaux producteurs de brut et la redéfinition des politiques énergétiques nationales, notamment en France.

1973 : guerre de Kippour

Depuis le début des années 70, l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) cherche à réajuster les prix du brut. Ceux-ci sont en effet fixés par les majors depuis 1950 et profitent surtout aux puissances occidentales. La première hausse intervient au début de l’année, lorsque l’Iran convainc ses partenaires du bien-fondé d’une hausse modérée. En octobre 1973, la victoire israélienne lors de la guerre de Kippour intensifie la crise : conscients de la dépendance énergétique des pays occidentaux, les pays arabes utilisent le pétrole comme une arme économique. Le 18 octobre, l’Opep double ses prix et réduit de 5% sa production de brut. Après une multiplication par quatre du cours du brut en cinq mois, le prix du baril passe de 2,59 dollars courants à 11,65 dollars courants en mars 1974.

Par la suite, le 7 janvier 1975, les pays de l'OPEP s'entendent pour augmenter le prix du pétrole brut de 10%.

1979 : révolution iranienne et guerre Iran-Irak

La révolution iranienne en 1979 puis la guerre entre l'Iran et l'Irak en septembre 1980 provoquent un deuxième choc pétrolier en raison de la réduction considérable des exportations de ces pays : le baril de pétrole passe de 14 dollars courants en 1978 à 35 dollars courants en 1981.

Entre 1981 et 1986, on assiste à une forte diminution des prix. La récente augmentation du baril de brut pour conséquence l’émergence d’un nouveau pétrole, dont l'exploitation n'était jusque là pas rentable, provenant principalement du Mexique, de l'Alaska et de la mer du Nord. Parallèlement à l’arrivée de nouveaux producteurs de pétrole, les pays dépendants de cette ressource optent pour une politique de réduction de la consommation et de diversification énergétique. Ainsi, la France lance en 1974 son premier programme électro-nucléaire et la construction de 16 tranches de 900 Mégawatts chacune. Les prix du pétrole diminuent. En 1986, c’est le contre-choc pétrolier : les cours s’effondrent et tombent à 10 dollars le baril malgré la réduction de près de moitié de la production des pays de l'OPEP.

Les années suivantes seront relativement stables : les prix du pétrole brut exprimés en dollar 2003 évoluent autour de 20 dollars. Les périodes de forte volatilité se limitent à 1990-1991 (l'invasion irakienne du Koweït entraîne une hausse du prix du pétrole entre août et décembre 1990) et à 1998 à la suite de la crise financière des pays d'Asie du Sud-Est qui entraîne une chute brutale des prix jusqu'en février 1999 où ils atteignent 10 dollars le baril. Depuis 2000, la hausse du prix du pétrole et des produits dérivés, accélérée par la guerre en Irak, s’inscrit dans la durée.

La situation actuelle est totalement inédite : alors que dans les années 70, l’Opep exerçait une pression politique sur les pays occidentaux en modifiant à souhait sa production de pétrole, l’Organisation des pays exportateurs bute aujourd’hui face à une demande croissante mettant à mal les réserves mondiales. La crainte d’une intervention militaire en Iran accentue encore cette crise profonde. Hier, le prix du brut a franchi un nouveau record, culminant à 72,20€ le baril de Brent.

Sur Internet :

Les réserves mondiales de brut : http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/petrole-reserves.pdf 

Les alternatives au pétrole, sur l’exposition en ligne de la Cité Universitaire :
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expo/tempo/planete/petrole/index_petrole.php?skip_anim=1