La Chine au secours de l'Europe: Faut-il avoir peur?

INTERVIEW Pas forcément, nous explique le chef économiste du Crédit Agricole, Jean-Paul Betbèze...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit Agricole 
Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit Agricole  — no credit

La zone euro veut faire appel à des pays émergents comme la Chine pour l'aider à résoudre la crise de la dette. Ils pourraient abonder le fonds de secours européen pour les pays en difficulté (FESF) que les dirigeants européens ont décidé de porter à 1.000 milliards d'euros, contre 440 milliards aujourd’hui, lors du sommet qui s’est achevé ce jeudi matin. Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit Agricole nous explique les enjeux d’une telle aide.

La possibilité de voir la Chine aider l’Europe est-elle surprenante?

Je ne vois pas pourquoi les pays émergents ne prendraient pas part à la consolidation européenne alors qu’ils participent déjà au refinancement des Etats-Unis.

Quel serait l’intérêt de la Chine?

Elle veut réduire sa dépendance à l’égard des Etats-Unis à qui elle achète beaucoup de bons du Trésor. C’est un moyen pour elle de devenir encore un peu plus une grande puissance économique et financière. Ses réserves de change se chiffrent à 3.200 milliards d’euros contre 1.100 milliards pour le Japon par exemple. Et si elle investit en Europe, cela prouve qu’elle a confiance. Et cela peut nous permettre de sortir petit à petit de la crise.

Quels sont les autres pays susceptibles d’aider financièrement l’Europe?

Il y a la Russie. On a parlé de l’Inde et du Brésil même si ce  dernier ne semble pas vouloir y participer. Ces deux pays sont globalement puissants, mais vivent comme des pays intermédiaires avec un revenu par tête peu élevé. Ils ne veulent pas apparaître comme des sauveurs de riches ce qui peut se comprendre.

Faut-il craindre l’arrivée des pays émergents?

Ce n’est pas un groupe d’enfants de chœur.  On est dans la finance, dans l’économie et aussi dans la politique. En même temps, l’Europe s’affaiblit, elle est confrontée à des problèmes de financement et de hausse du chômage. Sa situation est précaire mais évidemment pas catastrophique. Voir les pays émergents participer au FESF ne va pas obérer notre indépendance. Mieux vaut qu’ils arrivent maintenant pour éviter une aggravation de la crise.

L’Europe n’est donc pas en train de faire la quête?

Non. Nous sommes emprunteur. Simplement, nous sommes face à  des pays qui raisonnent et qui comprennent que soutenir aujourd’hui l’Europe n’est pas très cher compte tenu de leurs moyens et de notre futur! L’initiative est bienvenue et ils en seront bénéficiaires économiquement, financièrement et surtout politiquement.