Les banques françaises veulent se recapitaliser par leurs propres moyens

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Les trois groupes bancaires français appelés par le régulateur européen à renforcer leurs fonds propres à hauteur de 8,8 milliards d'euros ont annoncé jeudi qu'ils le feraient par leurs propres moyens.
Les trois groupes bancaires français appelés par le régulateur européen à renforcer leurs fonds propres à hauteur de 8,8 milliards d'euros ont annoncé jeudi qu'ils le feraient par leurs propres moyens. — Damien Meyer afp.com

Les banques françaises ont affirmé jeudi qu'elles pourraient se recapitaliser toutes seules, après un sommet européen qui a vu naître dans la douleur un plan anticrise pour la zone euro, et alors qu'elles ont besoin de presque 9 milliards d'euros pour se renforcer.

Les établissements bancaires de l'Hexagone s'estiment en mesure d'atteindre les nouvelles exigences "par leurs propres moyens, sans faire appel à des financements publics, tout en jouant pleinement leur rôle dans le financement de l'économie française", a fait savoir jeudi leur fédération, la FBF.

Plus tôt dans la journée, Société Générale et BNP Paribas avaient indiqué être à même de respecter le nouveau ratio de fonds propres "durs" -- capital et bénéfices mis en réserve rapportés aux prêts accordés -- de 9% d'ici fin juin 2012, réclamé par les dirigeants européens, sans avoir recours aux marchés.

"Il n'est pas envisagé et pas nécessaire de faire appel au marché des institutionnels ou à l'Etat" pour augmenter les fonds propres, avait également annoncé leur consoeur BPCE, qui envisage principalement la mise en réserve de ses bénéfices et la poursuite de l'émission régulière de parts sociales.

"On peut dire que BPCE est serein", avait commenté son porte-parole.

Selon l'Autorité européenne des banques (EBA), les besoins de recapitalisation des établissements bancaires sont de 8,8 milliards d'euros pour la France, sur un total de 106 milliards d'euros en Europe, parmi lesquels 30 milliards exigés des banques grecques, 26 milliards des banques espagnoles, quelque 14 milliards d'effort demandé aux banques italiennes et 5,2 milliards à leurs homologues allemandes.

Dans le détail, les besoins de BPCE (Banques populaires et Caisses d'Epargne) sont évalués à 3,4 milliards d'euros, ceux de Société Générale à 3,3 milliards et ceux de BNP Paribas à 2,1 milliards.

Intégré à l'échantillon des banques testées, le Crédit Agricole n'a pas besoin d'augmenter ses capitaux propres, selon l'EBA. Interrogée par l'AFP, la banque a dit "prendre acte" de ces évaluations et a précisé disposer d'un ratio de fonds propres durs de 9,27%.

"Néanmoins, compte tenu du contexte économique et financier actuel marqué par de fortes incertitudes", le groupe continuera à renforcer sa solidité financière a-t-il poursuivi.

"Les banques françaises saluent les décisions prises par les chefs d'Etat et de gouvernement européens", a affirmé la Fédération bancaire française dans un communiqué, et elles vont "proposer à leurs organes de décision de participer au plan annoncé".

Dans le schéma retenu par les dirigeants européens, les banques devront en priorité faire appel à des sources de capital privées, avant de se tourner ensuite à défaut vers leurs Etats.

Et en attendant que cet objectif soit atteint, elles devraient être sujettes à certaines contraintes concernant la distribution de dividendes et le paiement de primes.

Les banques de l'Hexagone augmenteront leurs fonds propres "sur leurs propres résultats, et nous serons très attentifs à un point, c'est que la réduction du bilan pour monter leur niveau de protection, leurs fonds propres, se fera d'abord et avant tout au détriment de la distribution des dividendes et des bonus", a mis en garde jeudi matin le ministre de l'Economie François Baroin sur la radio RTL.

Les pouvoirs publics redoutent un assèchement du crédit aux entreprises et aux ménages, alors que l'économie est en train de ralentir.

Le régulateur des banques françaises, l'Autorité de contrôle prudentiel, peut de fait enjoindre à tout moment aux établissements financiers de cesser le versement de bonus ou de dividendes afin qu'ils puissent plus rapidement augmenter leurs fonds propres.

Les banques ne détermineront le montant des bonus et des dividendes qu'à la fin de l'année, comme elles le font ordinairement, mais intègreront dans leur décision les éléments de l'accord européen, a souligné jeudi le président de la FBF Frédéric Oudéa lors d'une conférence téléphonique.

La décote de 50% sur la dette grecque détenue par les créanciers privés, prévue par le plan européen et liée au besoin de recapitalisation des banques, "sera certainement intégrée dans les comptes du troisième trimestre" des banques françaises, a-t-il ajouté, soulignant que cette décision appartenait à chaque établissement.

A la Bourse de Paris, les actions des groupes bancaires poursuivaient leur forte hausse entamée dès l'ouverture de la séance. Peu après 16H00 (12H00 GMT), Société Générale gagnait 18,84%, Crédit Agricole 18,74% et BNP Paribas 14,88% dans un marché en hausse de 5,06%.