Céline Antonin: «Il faudra plus que 100 milliards d'aides pour sortir la Grèce de la crise»

INTERVIEW L'économiste spécialiste de l'Europe à l’OFCE revient sur les décisions de la nuit lors du sommet européen à Bruxelles...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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Les drapeaux de l'Union européenne et de la Grèce près du Parthénon (Athènes) en juillet 2011.
Les drapeaux de l'Union européenne et de la Grèce près du Parthénon (Athènes) en juillet 2011. — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Céline Antonin, économiste spécialiste de l’Europe à l’Observatoire français des conjonctures économiques, répond aux questions de 20minutes sur les décisions prises par le sommet européen dans la nuit de mercredi à jeudi.

Qui est pour vous le gagnant de ce sommet ?

L’Allemagne a tiré son épingle du jeu. Elle a tenu bon sur ce qu’elle ne voulait pas voir mettre en place. Ainsi, les Etats européens n’apporteront pas de nouveaux fonds dans le FESF. Elle a également fait accepter son idée de recapitalisation des banques. On peut dire qu’elle a réussi à imposer sa vision, mais on ne peut pas réfléchir en termes de gagnants et de perdants. Les mesures sont globales et vont toucher tous les pays d’Europe donc il n’y a ni gagnant ni perdant. Par ailleurs, il faut attendre beaucoup de précisions.

Quels points vous semblent encore flous ?

J’estime notamment que le chiffrage de l’aide à la Grèce est très approximatif. Le pays a certes bénéficié d’une décote, mais elle est plongée dans une lourde récession, sa croissance sera de -5% cette année au lieu des -2% attendus. Je pense qu’il faudra plus que 100 milliards d’aides pour sortir le pays de la crise.

D’autres pays pourraient-ils demander une décote sur leur dette, à l’instar de la Grèce ?

L’idée depuis juillet est de circonscrire l’incendie à la Grèce en annulant une partie de sa dette. On l’a fait parce que la situation n’était plus tenable, et que la dette dépassait 160 % du PIB ce qui est un record dans la zone euro. Par ailleurs, on a pris les dispositions pour que cela soit supportable pour les banques. Mais je vois mal pour quel pays on pourrait faire la même chose. Si l’on réduit la dette du Portugal, dont la dette atteint 90% du PIB, pourquoi ne pas réduire celle de la Belgique qui atteint 100% ? On ne voit pas où se situe la limite, et on risque une course à la dégradation en Europe. Et ça n’est pas souhaitable, parce que les titres de dettes sont normalement les titres les moins risqués dans un pays. Si l’on accepte une décote, c’est que ces titres ne sont plus sûrs, et les investisseurs vont s’en détourner. La fin de ce scénario, c’est un dépôt de bilan généralisé. Pour moi, accepter d’autres décotes c’est accepter une propagation de l’incendie.