Triomphants, les Allemands détonnent dans une industrie automobile inquiète

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Les constructeurs automobiles allemands continuent d'engranger des milliards d'euros de bénéfices, sereins face aux turbulences qui inquiètent leurs concurrents, dont certains annoncent des suppressions d'emploi.
Les constructeurs automobiles allemands continuent d'engranger des milliards d'euros de bénéfices, sereins face aux turbulences qui inquiètent leurs concurrents, dont certains annoncent des suppressions d'emploi. — Patrik Stollarz afp.com

Les constructeurs automobiles allemands continuent d'engranger des milliards d'euros de bénéfices, sereins face aux turbulences qui inquiètent leurs concurrents, dont certains annoncent des suppressions d'emploi.

Jeudi, Daimler et Volkswagen ont confirmé tous deux qu'ils visaient de nouveaux records financiers cette année.

Volkswagen s'est même surpassé, puisqu'en neuf mois, ses profits ont déjà dépassé ceux de l'ensemble de l'année 2010. Son bénéfice opérationnel a atteint 9 milliards d'euros entre janvier et septembre.

"Notre performance en 2011 nous fournit une base idéale pour atteindre notre but" de devenir numéro un mondial de l'automobile d'ici 2018, a déclaré son patron lors d'une conférence téléphonique.

Et si son concurrent de Stuttgart (sud) Daimler a enregistré une baisse de son bénéfice net, de 19% à 1,97 milliard d'euros, il renvoie la faute... à son partenaire Renault. Daimler a dû ajuster à la baisse la valorisation des 3,1% qu'il détient dans le groupe français.

Quant au numéro un mondial de la voiture haut de gamme, le bavarois BMW, qui doit présenter ses résultats trimestriels la semaine prochaine, il a dit début octobre "être certain que la dynamique positive des ventes allait se poursuivre au quatrième trimestre". Il veut vendre un nombre record de 1,6 million de voitures cette année.

Cette sérénité contraste avec les annonces prudentes, voire pessimistes, des concurrents étrangers, inquiets de la détérioration de l'économie.

Le Français PSA Peugeot Citroën, en difficulté sur le marché européen, a annoncé qu'il allait supprimer près de 6.800 postes tandis que des difficultés en Europe et en Asie ont fait baisser de 2% le bénéfice trimestriel de l'Américain Ford.

La bonne santé des Allemands se lit aussi en Bourse: Volkswagen a progressé de 4% depuis le début de l'année à Francfort, et BMW a gagné 1,7%. Seul Daimler a chuté d'un quart.

En comparaison, la valeur boursière de Renault a fondu d'un tiers, celle de Peugeot de 40%, Fiat de 34% et Toyota de 19%.

"D'autres marchés, d'autres clients, d'autres structures": tel est le secret des constructeurs allemands, juge Albrecht Denninghoff, analyste à la banque Silvia Quandt.

Misant sur la qualité et le haut de gamme, "les voitures allemandes sont achetées par des clients moins sensibles aux prix", et leurs constructeurs peuvent mieux répercuter le renchérissement des matières premières et les coûts de développement.

Alors que "certains concurrents ont dû faire des efforts sur les prix" en Europe, Volkswagen a pu les maintenir au troisième trimestre, a souligné son directeur des ventes Christian Klingler.

Le prix moyen par unité des voitures vendues sous la marque Volkswagen entre janvier et septembre a ainsi atteint 21.300 euros, "largement au-dessus de ce que font les concurrents français", relève par exemple Max Warburton, de Bernstein Research.

Contrairement à Renault et Peugeot, "ils sont très mondialisés", mieux placés en Europe, où le marché allemand est l'un des seuls encore en croissance, mais également en Amérique du Nord et en Chine, note M. Denninghoff.

Volkswagen, BMW et Daimler récoltent les fruits d'une politique de réduction des coûts, moyennant une importante modération salariale depuis dix ans et produisent davantage hors d'Allemagne.

Conséquence de cette bonne santé, les constructeurs allemands ont le champ libre pour investir, alors qu'ils étaient il y a quelques années encore en retard dans la voiture électrique par exemple.

Volkswagen, qui trône sur une montagne de 21 milliards d'euros de liquidités, a annoncé qu'il investirait la somme colossale de 76,4 milliards d'euros sur la période 2012-2016.

Engagé dans une course à la taille, il a racheté tour à tour Porsche, le constructeur de camions MAN, ainsi qu'une part minoritaire dans Suzuki. Il bataille avec BMW pour contrôler SGL Carbon, l'un des seuls producteurs mondiaux de fibres de carbone.

Volkswagen pourrait devenir le numéro un mondial plus tôt qu'il ne l'espère, dès cette année peut-être selon quelques analystes. L'Allemand détrônerait alors l'Américain General Motors, pas encore totalement remis de la dernière crise, et Toyota, qui a souffert du séisme et du tsunami au Japon.