Zone euro: Tout comprendre au plan de sauvetage

Gilles Wallon

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Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel lors du sommet européen de Bruxelles, le 26 octobre 2011.
Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel lors du sommet européen de Bruxelles, le 26 octobre 2011. — REUTERS/ Y. Herman

Le plan «définitif» de sauvetage de la zone euro voté cette nuit à Bruxelles par les chefs d’Etat et de gouvernement après 10 heures de négociations porte sur trois points principaux: un effacement de près de 50% de la dette grecque détenue par les banques, un renforcement du fonds européen de stabilité qui pourra venir en aide aux pays fragiles, et une recapitalisation des banques. De nouveaux plans de rigueur devraient aussi être mis en place dans la plupart des pays de la zone euro,  dont la France. Décryptage et explications.

L’effacement d’une partie de la dette privée grecque. Le point a fait l’objet d’une rude bataille entre les banques et les Etats. Les banques et fonds d’investissements qui ont acheté des titres de «dette souveraine» émis par a Grèce ont finalement accepté que ces titres perdent près de 50% de leur valeur. C’est ce qu’on appelle un «haircut»: ils détenaient 210 milliards d’euros de dette, ils en effaceront 100 milliards (46,7%).

Le reste de la dette grecque est détenue par les Etats, qui en ont acheté des parts via leurs banques centrales. Eux n’effacent pas une partie de leur dette, mais ils s’engagent à prêter 130 milliards d’euros supplémentaires au pays.

La dette de la Grèce, de 350 milliards d’euros aujourd’hui (160% de son PIB), va donc passer à 250 milliards d’euros (116% du PIB). Le pays devrait donc avoir moins de mal à rembourser à chaque échéance les intérêts de sa dette. Il n’aura pas à se déclarer en défaut de paiement, c'est-à-dire en faillite. C’est du moins ce qu’espèrent les banques et les Etats.

Le renforcement du fonds européen de stabilité financière (FESF). Les autres pays fragiles de la zone euro (Portugal, Irlande, Italie, Espagne) ne devraient pas voir une partie de leur dette effacée, comme c’est le cas pour la Grèce. Mais ils pourront compter sur un fonds européen de stabilité financière (FESF) aux capacités étendues, et disposant de plus d’argent (autour de 1.000 milliards d’euros). Cette structure mise en place en 2010, était d’abord un fonds de solidarité de 440 milliards d’euros dans lequel pouvaient puiser les pays en difficulté. Mis à contribution par l’Irlande, le Portugal et la Grèce, il ne disposait plus avant le sommet de Bruxelles que de 250 milliards d’euros.

Désormais, son rôle change: le FESF va d’abord pouvoir fonctionner comme une assurance-crédit, destiné à rassurer les investisseurs. Si les Etats n’arrivent plus à rembourser leurs échéances de dette, le FESF pourra le faire à leur place.

Une autre nouveauté a été validée, mais elle reste encore assez floue: un fonds «spécial», adossé au FESF mais aussi au Fonds monétaire international, doit permettre d’accueillir les contributions de pays étrangers. La Chine est particulièrement visée. L’objectif est, si besoin, de quadrupler voire de quintupler les fonds disponibles du FESF.

La recapitalisation des banques. L’idée est d’obliger les banques à se solidifier pour qu’elles soient plus résistantes en cas de pertes sur la dette des Etats. Les banques européennes ont jusqu’à mi-2012 pour renforcer leurs «capitaux propres», c'est-à-dire leur réserve de capital: de l’argent, des actions ou des parts de l’entreprise qui ne sont pas engagées en Bourse ou redistribuées à des actionnaires.

Cette part de fonds propres devra atteindre 9%. Pour se recapitaliser, les banques ont le choix: elles peuvent le faire seules (par exemple, en mettant en réserve une partie de leurs profits), avec des investisseurs extérieurs ou avec l’aide de l’Etat. L’autorité bancaire européenne annonce un besoin global de recapitalisation de 106 milliards d’euros, dont 30 milliards pour les banques grecques et 14 milliards pour l’Italie.

Les banques françaises ne devraient pas faire appel aux marchés publics ni aux fonds publics.