Plan social chez PSA: «Soit on bloque les frontières, soit on accepte d’acheter des bagnoles plus chères»

Recueilli par Gilles Wallon

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Des voitures neuves sur le site PSA d'Aulnay-sous-Bois en juin 2009.
Des voitures neuves sur le site PSA d'Aulnay-sous-Bois en juin 2009. — SOLAL/SIPA

Le nouveau plan d’économies de PSA Peugeot Citroën devrait avoir de lourdes conséquences sociales. Le groupe a annoncé ce mercredi son intention de supprimer 3 500 emplois en Europe en 2012, dans le cadre du renforcement de ses réductions de coûts. 2 500 emplois de sous-traitance devraient aussi être touchés par ce plan, soit un total de 6 000 postes en moins l'an prochain. Gaëtan Toulemonde, analyste automobile chez Deutsche Bank, revient sur la situation maussade du marché automobile français.

Pourquoi PSA veut-il faire des économies ?

Le groupe est très dépendant de ses ventes en Europe. Et il s’attend à une année 2012 difficile, ce qui n’est pas étonnant quand on regarde la situation économique. Un autre facteur les pousse à faire des économies : en Europe, on a trop d’usines. Nos capacités de production sont trop élevées par rapport à notre production réelle. On a une capacité de 23 millions de véhicules, on en produit 17 millions. Donc ils veulent réduire leurs coûts de productions.

Quels ont été les effets des bonus-malus et de la prime à la casse ?

Ces mesures ont surtout profité à la vente de petits véhicules. En France, on vend beaucoup de voitures à 10 000 euros, et pas assez de voitures à 20 ou 30 000. Comme elles coûtent 7000 euros à produire dans notre pays, les constructeurs ont du mal à s’y retrouver. En plus, il y a une guerre des prix entre constructeurs qui tirent les prix de vente vers le bas.

Le groupe prévoit d’investir 250 millions dans sa production au Brésil d’ici 2015

Il y a de la croissance là-bas, il n’y en a plus en Europe. Et les coûts de productions sont trop élevés en France. Les constructeurs  ont la tentation d’aller produire ailleurs. On a beaucoup critiqué Renault quand le groupe a délocalisé en Europe de l’Est, mais aujourd’hui, Renault s’en sort mieux que PSA. PSA a 40% de sa production basée en France et Renault 20%.

Les sites de construction en France ont-ils un avenir ?

Il va falloir faire un choix. Aujourd’hui, quand on achète un tee-shirt à 5 euros, on sait qu’il a été fabriqué en Chine. Vouloir acheter des voitures à moins de 10 000 euros et exiger qu’elles soient construites en France, ça va être compliqué. Je vois deux solutions : soit on bloque les frontières, soit on accepte d’acheter des bagnoles plus chères.