Wenzhou, berceau du capitalisme privé en Chine, en pleine crise financière

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Avec plus de 11,5 millions d'euros de dettes et aucune chance de pouvoir les rembourser, Zheng Zhuju a pris la tangente, comme des dizaines d'autres entrepreneurs de Wenzhou (est), cité pionnière du développement de l'économie privée en Chine.
Avec plus de 11,5 millions d'euros de dettes et aucune chance de pouvoir les rembourser, Zheng Zhuju a pris la tangente, comme des dizaines d'autres entrepreneurs de Wenzhou (est), cité pionnière du développement de l'économie privée en Chine. — afp.com

Avec plus de 11,5 millions d'euros de dettes et aucune chance de pouvoir les rembourser, Zheng Zhuju a pris la tangente, comme des dizaines d'autres entrepreneurs de Wenzhou (est), cité pionnière du développement de l'économie privée en Chine.

Incapables de rembourser leurs créanciers pratiquant des taux usuraires, plus de 90 patrons de la cité côtière ont profité d'un réseau très développé de prêts hors du système bancaire avant d'en devenir les victimes.

L'activité est en plein boom depuis que les banques étatiques ont reçu pour consigne à partir de l'automne 2010 de réduire le volume des nouveaux prêts, qui avaient explosé en 2009 et ont encore fortement augmenté l'an passé.

Au niveau national, les prêts informels sont évalués à quelque 4.000 milliards de yuans (452 milliards d'euros), soit environ 8% de l'encours total des banques ou un dixième du Produit intérieur brut (PIB) chinois.

"Cette vague désordonnée de prêts informels pourrait causer de graves problèmes si elle n'est pas gérée prudemment par le gouvernement", estimait récemment dans une note le Crédit Suisse.

Zheng, une femme d'affaires admirée pour ses voitures de luxe, était propriétaire d'un magasin d'électroménager. Grâce à une solide réputation, elle avait emprunté des fonds à plus de 300 petits commerçants qu'elle avait investis dans l'immobilier ou prêté à des taux élevés à d'autres sociétés.

Avec le ralentissement des exportations, notamment vers l'Europe, de nombreux emprunteurs se sont retrouvés incapables de faire face à leurs échéances, certains ayant emprunté à des taux d'intérêt pouvant atteindre 5% par mois, soit plus de 70% par an.

Prise à la gorge, Zheng a décidé fin août de fermer boutique, de confier l'argent qui lui restait à sa fille et de disparaître. Aujourd'hui elle est aux mains de la police.

Une de ses victimes, propriétaire d'une entreprise spécialisée dans les valves industrielles, a perdu le 1,5 million de yuans (169.000 euros) qu'elle lui avait confié. "Cela aura de lourdes conséquences. Nous aurons beaucoup de mal à récupérer notre argent", a déclaré ce créancier à l'AFP.

Si le crédit informel fleurit à des degrés divers à travers la Chine, c'est à Wenzhou qu'il est le plus développé.

Pour mieux faire fructifier leur argent, près de 90% des résidents de cette ville y participent, ainsi que 60% des quelque 400.000 entreprises privées qui ont fait le dynamisme de cette région traditionnellement délaissée par l'Etat.

Le Crédit Suisse évalue le poids de ce secteur à Wenzhou à 110 milliards de yuans (12,4 milliards d'euros). Selon le gouvernement, il représente localement 20% de l'encours total des prêts.

"C'est comme les jeux d'argent. Ces taux d'intérêt élevés ressemblent à un casino", explique Fang Peilin, président de la société Fang Xing Guarantee Co., qui aide les PME à obtenir des prêts en se portant garants à leur place auprès des prêteurs.

Beaucoup de petits patrons n'ont pas d'autre choix que de se tourner vers le secteur informel pour se financer, malgré des taux d'intérêts astronomiques, car en Chine, les banques, en grande majorité étatiques, prêtent d'abord aux entreprises d'Etat.

Mais les difficultés de nombreuses PME à Wenzhou ont alerté Pékin, et le Premier ministre Wen Jiabao s'est rendu dans la ville début octobre, où il a promis d'améliorer l'accès des petites entreprises au crédit.

Peu après, Pékin annonçait des facilités de crédit et des réductions d'impôts pour les PME au niveau national.

La crise du crédit à Wenzhou pourrait s'étendre à l'ensemble du pays si les affaires des commerçants originaires de la ville, qui ont investi aux quatre coins de la Chine, principalement dans l'immobilier et le secteur manufacturier, étaient affectées.

"Cette crise locale pourrait devenir un problème national", estime Ren Xianfang, une économiste de IHS Global Insight basée à Pékin.