Ce qui attend Air France et son nouveau patron

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Une tâche herculéenne attend le prochain patron d'Air France: Alexandre de Juniac devra relancer la compagnie face à ses concurrentes plus compétitives, sur fond de crispations avec sa partenaire néerlandaise, KLM.

Air France a tourné cette semaine une page de son histoire. Pierre-Henri Gourgeon, double patron de la compagnie française et du groupe Air France-KLM, a été sommé de faire ses valises.

Jean-Cyril Spinetta, qui a déjà dirigé l'entreprise pendant 12 ans, reprend pour deux ans les manettes d'Air France-KLM. Alexandre de Juniac, directeur de cabinet de Christine Lagarde lorsqu'elle était ministre de l'Economie, va le remplacer à la tête d'Air France.

Un grand chamboulement, annoncé de façon expéditive, tranchant avec la culture de l'entreprise. "La méthode est brutale mais elle fait au moins prendre conscience du problème", relève une source interne à l'entreprise.

Le problème? Air France va mal: mauvais résultats financiers, effondrement de son cours de Bourse, un climat social tendu avec menaces de grève à chaque vacances et une compétitivité moindre par rapport à Lufthansa ou British Airways. Sans parler de la conjoncture économique.

Tout le monde s'accorde à dire que l'urgence est de redresser la compagnie française, à commencer par le ministre des Transports, Thierry Mariani.

L'Etat français détient 15,7% du capital du groupe.

"La mission principale de Jean-Cyril Spinetta et d'Alexandre de Juniac sera de renforcer la compétitivité, la productivité et la qualité de service de la compagnie" face à la concurrence des low cost et compagnies asiatiques ou du Moyen-Orient, a annoncé M. Mariani lundi.

Des années à venir "très difficiles"

Une vision partagée par les Néerlandais, qui ne veulent pas pâtir des mauvaises performances d'Air France alors que leurs résultats sont meilleurs.

De ce fait, "les Néerlandais manifestent une certaine réticence à la holding Air France-KLM", explique une autre source interne. "A chaque fois qu'on rapproche des entités, chacun est en crispation".

De surcroît, un rapprochement plus poussé pourrait leur être défavorable en terme d'équilibre des pouvoirs. Aujourd'hui, le poids des compagnies dans le groupe est d'environ un tiers pour KLM et deux pour Air France.

Dans ce climat, M. Spinetta a aussi décidé lundi de repousser à 2013 "la mise en place d'une holding Air France-KLM de plein exercice" et de nommer le Néerlandais Leo Van Wijk, comme délégué général du groupe.

"Pour débarquer quelqu'un comme Gourgeon, c'est évident que des accords ont été passés avec les différentes forces en présence", affirme une des deux sources internes.

"Gourgeon voulait pousser un peu plus vers l'intégration, Spinetta veut restaurer les fondamentaux d'Air France et de KLM avant de pousser plus loin l'intégration", relève-t-elle.

Une tâche particulièrement lourde pour Air France. "Les 15 années qui viennent seront très difficiles", a prévenu M. Spinetta mardi lors d'une rencontre avec les cadres de l'entreprise, selon des propos rapportés par une autre source interne.

"Alexandre de Juniac va réussir et se montrera capable de se positionner parmi les meilleurs face à ses concurrents mondiaux", a-t-il ajouté.

Polytechnicien et énarque, M. de Juniac ne connaît pas l'univers des services, même s'il connaît bien l'industrie aéronautique pour avoir passé plus de dix ans chez Thales.

En tous cas, dans l'entreprise, l'attente est grande. "Juniac, j'en pense rien de spécial. Mais quel projet propose-t-il?", attend de savoir une des sources interrogées.

Réponse mi-novembre, lors de son arrivée officielle à la tête de la compagnie.