Van Rompuy, un "Monsieur Euro" à l'ombre de Merkel et Sarkozy

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Déjà président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy doit se voir adoubé dimanche au rang de "Monsieur Euro", un rôle aux compétences toutefois fortement limitées par la prééminence d'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui entendent rester à la manoeuvre dans l'Union monétaire.

Nommé en décembre 2009 à la tête du Conseil européen, le forum des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, en vertu du nouveau traité de Lisbonne, l'ancien Premier ministre belge, âgé aujourd'hui de 63 ans, reste largement inconnu du grand public. Un "président invisible" ou un "Mister Nobody", raillent ses détracteurs.

L'intéressé n'en a cure. Ce stratège préfère oeuvrer en coulisses et théorise sa légendaire discrétion en expliquant ne disposer d'aucun mandat pour prétendre à être le président de l'Europe rêvé par les fédéralistes.

Le chrétien-démocate aux allures de chanoine a trouvé dans la poésie japonaise, dont il est féru, un mode d'expression qui lui va comme un gant.

"La concision du haïku m'offre l'opportunité d'en revenir à l'essentiel de la parole en disant bien des choses en si peu d'espace", dit-il.

La silhouette austère d'Herman, visage pointu sous la calvicie et regard malicieux, renforcent l'impression raide que donne en public ce catholique pratiquant qui étudia chez les Jésuites et plancha sur Saint Thomas d'Aquin, avant de se consacrer à l'économie.

Mais derière la discrétion se cache une froide détermination. Son passage à la tête du gouvernement belge pendant près de onze mois en 2009 fut apprécié. Il parvint à pacifier les deux communautés flamande et francophone d'un pays travaillé par ses forces centrifuges.

Il montre aussi sa capacité à affronter la crise économique. L'exercice lui est familier: Herman Van Rompuy a été de 1993 à 1999 ministre du Budget du gouvernement qui a fait entrer la Belgique dans la zone euro.

C'est sa capacité à arrondir les angles, plutôt que sa vision d'avenir qui fait de M. Van Rompuy un bon candidat aux yeux de Paris et de Berlin lorsqu'il s'agit en 2009 de doter l'UE d'un premier président du Conseil européen et que la candidature du très médiatique Tony Blair est écartée.

Mais Herman Van Rompuy a été justement choisi pour ne pas faire d'ombre à Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Il est "la marionnette des gouvernements européens" tonne le co-président des Verts européens, Daniel Cohn-Bendit.

Le rôle joué in petto est moins anodin qu'il n'y paraît mais l'impression risque d'être la même pour la fonction appelée à lui échoir dimanche, de président permanent des sommets réguliers des dirigeants des seuls pays de la zone euro.

A ce poste, il fera certes de l'ombre au chef de file des ministres des Finances de l'Union monétaire, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, dont l'étoile est déjà déclinante.

M. Van Rompuy devra en revanche compter avec la concurrence du président de la Banque centrale européenne, l'Italien Mario Draghi. L'actuel impétrant, Jean-Claude Trichet, fit un jour cette réplique restée célèbre: "Je suis Monsieur Euro, il n’y aucun doute à ce sujet".

Surtout, il continuera à être écrasé par la place prise par la chancelière allemande et le français, qui l'ont nommé et font ou défont les compromis dans la zone euro, quitte à brusquer leurs partenaires.

M. Van Rompuy doit passer beaucoup de temps à apaiser les autres capitales. Il a lui-même parfois du mal à cacher son irritation de voir Paris et Berlin jouer en solo ou s'approprier des accords qu'il estime avoir contribué à ficeler.

Mais il accepte ce rôle sans broncher et préfère se concentrer sur la bataille d'influence sourde qui l'oppose depuis des mois au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour la prééminence dans la gestion à Bruxelles.