Grèce: Une journée cruciale à Bruxelles pour un pays au bord de la faillite

ECONOMIE Un effort supplémentaire va être demandé aux banques, pour qu'elles effacent la moitié de la valeur de la dette grecque...

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Les drapeaux de l'Union européenne et de la Grèce près du Parthénon (Athènes) en juillet 2011.
Les drapeaux de l'Union européenne et de la Grèce près du Parthénon (Athènes) en juillet 2011. — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Les Européens planchent sur un vaste remaniement du second plan d'aide à la Grèce passant par un effort nettement accru des banques créancières pour éviter la faillite à Athènes, dans le cadre de négociations marathon en cours pour sauver la zone euro.

La journée de samedi est chargée. En plus d'une réunion des ministres des Finances des 27 pays de l'UE, Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel vont tenter de surmonter en soirée leurs divergences sur la réponse à la crise de la dette lors d'un mini-sommet à Bruxelles avec plusieurs autres acteurs clés.

«Nous avons eu assez de mesures à court terme»

Un compte à rebours est engagé pour sortir la zone euro de la crise qui dure depuis deux ans et inquiète le monde entier. Il devrait s'achever mercredi 26 avec un sommet des dirigeants de l'Union monétaire, le deuxième en une semaine.

Il faut «une solution complète à la crise. Nous avons eu assez de mesures à court terme qui ont servi de plâtre pour tenir quelques semaines», a critiqué ce samedi le ministre britannique des Finances, George Osborne. Son homologue belge Didier Reynders a indiqué que les discussions tourneraient «sur un nouveau plan grec». «Dans ce nouveau plan, il y a un effort substantiel de la Grèce à nouveau, il y a un effort des Etats européens et il faudra aussi un effort du secteur privé (c'est-à-dire les banques)», a-t-il souligné, en marge de la réunion ministérielle.

Les grands argentiers de la zone euro ont déjà convenu vendredi soir de demander de nouveaux efforts «substantiels» aux banques, a indiqué leur chef de file, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Face à l'ampleur de la tâche, ils devraient encore se retrouver ce samedi après-midi pour poursuivre leurs travaux.

Les banques doivent accepter des pertes de 50 à 60%

Leur condition: que les banques acceptent d'effacer «au moins» la moitié de la valeur des dettes grecques qu'elles détiennent, contre 21% initialement prévu en juillet.

«Les négociations avec l'IIF (le lobby bancaire) continuent, il n'y a pas encore d'accord», a indiqué ce samedi une source proche du dossier. Mais «l'hypothèse de travail la plus centrale dans les discussions avec les banques» est celle d'une décote [perte en jargon financier] de 50%, a-t-elle dit.

La zone euro est arrivée à cette conclusion en s'appuyant sur les conclusions d'un rapport d'experts remis par la troïka qui rassemble les bailleurs des fonds de la Grèce.

Le document estime que les banques doivent accepter des pertes de 50 à 60% pour espérer stabiliser la Grèce sans avoir à trop augmenter le montant des prêts internationaux qui lui ont déjà été promis.

Plan de recapitalisation des banques

La difficulté est pour les Européens d'obtenir le feu vert des banques, au risque sinon de créer un «événement de crédit» - soit le déclenchement des assurances contre le risque de défaut de la Grèce. Un tel scénario serait favorable à ceux qui ont spéculé sur le sort de la Grèce et risquerait surtout de provoquer un effet domino dans toute la zone euro avec contagion possible à l'Italie et l'Espagne.

En contrepartie de l'effort attendu de la part des banques, les ministres des Finances des 27 planchaient ce samedi sur un vaste plan de recapitalisation du secteur bancaire pour lui permettre d'amortir le choc.

L'Europe évalue les besoins entre 80 et 100 milliards d'euros, soit deux fois moins que les estimations du Fonds monétaire international, qui a le premier sonné l'alarme sur les besoins de renforcer les réserves des établissements financiers du Vieux continent. Restent à définir des modalités: quel sera le calendrier? Recapitalisations sur fonds privés ou publics?

Sommet européen dimanche

De leur côté, la chancelière allemande et le président français vont tenter dans la soirée en compagnie de leurs ministres des Finances respectifs d'aplanir leurs divergences sur les moyens d'enrayer la crise de la dette, lors d'une réunion impliquant aussi les principaux responsables européens: les président de l'UE, Herman Van Rompuy, de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de la BCE, Jean-Claude Trichet, et Jean-Claude Juncker. Il s'agira d'un tour de piste avant le sommet européen de dimanche.

Le blocage porte principalement les modalités du renforcement du Fonds de secours aux pays en difficulté de la zone euro, le FESF. Cet instrument est essentiel pour espérer empêcher une contagion de la crise de la dette à des pays comme l'Espagne et l'Italie, dans le viseur des agences de notation.

Paris a proposé de transformer le FESF en banque afin qu'il s'approvisionne auprès du guichet de la BCE. Une option que refusent en bloc Berlin et l'institut monétaire, car elle violerait selon eux l'interdiction juridique faite à la banque centrale de renflouer les budgets des gouvernements.

La France, soutenue par l'Espagne et l'Italie notamment, a laissé entendre vendredi soir qu'elle pourrait finalement céder. Mais le sujet n'est pas encore évacué. «Nous allons discuter de cette Facilité européenne (le FESF) et de sa collaboration avec la Banque centrale européenne (BCE)», a affirmé samedi Didier Reynders.