Logo de la monnaie unique à Francfort.
Logo de la monnaie unique à Francfort. — F. RUMPENHORST / AFP

INTERVIEW

«Il y a une autre solution pour la Grèce, qui s'appelle le plan Eureca»

L'analyse de Céline Antonin, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) spécialiste des questions européennes...

Six jours décisifs vont s’ouvrir pour la zone euro. De nombreux sommets et réunions sont organisés d’ici à mercredi prochain pour résoudre les problèmes de la Grèce et des banques européennes. Céline Antonin, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) répond aux questions de 20minutes.fr sur les enjeux de ces réunions…

L’enjeu premier est de sauver la Grèce. On se profile vers une réduction de la dette. Qu’en pensez-vous?

On a vu que la première solution envisagée, à savoir les plans d’austérité à répétition, n’a pas fonctionné. Socialement c’est intenable et économiquement on a asphyxié le pays. Toutefois, réduire la dette de 50% comme c’est évoqué aujourd’hui ne me semble pas être la meilleure solution. En effet, les banques vont subir des pertes, qu’il faudra compenser en les renflouant. Par ailleurs, cela risque de jeter le doute sur les autres pays en difficulté.

Quelle serait votre solution?

Un plan très judicieux a été évoqué par des consultants allemands : il s’appelle le plan Eureca. Je trouve très dommage que l’on n’en parle pas plus aujourd’hui. Il s’agirait de créer une structure européenne, financé par le FESF (Fonds de soutien européen) ou la BRI (Banque des réglements internationaux), qui rachèterait une partie des actifs et bien publics grecs, pour les privatiser petit à petit. C’est ainsi que l’on avait procédé avec l’Allemagne de l’Est avant la réunification. Cela permettrait d’apporter 125 milliards d’euros immédiatement au pays. Le problème, c’est que cela frapperait la souveraineté . Politiquement c’est difficilement acceptable. Pour autant, je pense que c’est la moins mauvaise des solutions.

Quels montants seront selon vous nécessaires pour s’attaquer aux deux autres gros dossiers, à savoir la recapitalisation des banques et l’augmentation du fonds de soutien (FESF) ?

C’est compliqué à dire, puisque les deux sont imbriqués. Si l’on accepte une réduction de la dette grecque, il faudra renflouer les banques d’au moins le niveau des pertes. On pourrait aller plus loin, pour anticiper un éventuel risque portugais ou irlandais. Cela représente au moins 100 milliards d’euros, dont au moins 40% pour la France.  C’est très conséquent, plus de trois fois le plan de rigueur voté en septembre, c’est suffisant pour faire perdre son triple A à la France. Quand au FESF, tout dépend du rôle qu’on veut lui donner. Pour compenser un éventuel défaut espagnol il faudrait 700 milliards d’euros, pour l’Italie il faudrait 1.000 milliards d’euros. Mais dans ce cas, autant accepter le fédéralisme budgétaire et mutualiser les dettes en créant des eurobonds, même si à titre personnel, je n'y suis pas favorable.

On parle à nouveaux des «sommets de la dernière chance». L’expression vous semble-t-elle adaptée? Que risque-t-on en cas d’échec?

Les mesures ne sont pas plus spectaculaires que celles discutées lors du 21 juillet dernier, où l’on parlait déjà du sommet de la dernière chance. Mais cette fois le contexte fait que le sommet est beaucoup plus préoccupant, car l’enjeu en toile de fond est notamment le maintien de la note des Etats européens à court terme ou la survie de certaines grandes banques européennes.