François Baroin, le ministre de l'Economie, et Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, rendent compte de la réunion de travail qui s'est tenue à l'Elysée le mercredi 10 août.
François Baroin, le ministre de l'Economie, et Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, rendent compte de la réunion de travail qui s'est tenue à l'Elysée le mercredi 10 août. — MUGUET / REUTERS

ECONOMIE

Crise de la dette: «Aux yeux du marché la France a déjà perdu son précieux triple A»

Conserver le fameux «triple A» va s'avérer très difficile, aux yeux des experts...

L'écart entre le rendement des obligations d'Etat françaises à 10 ans (OAT) et celui des titres d'Etat allemands de même maturité (Bund) a atteint vendredi un record, les investisseurs anticipant de plus en plus un abaissement de la note de la France par les agences de notation.

Une première

Pour la première fois, l'écart entre les taux des deux pays -- qui bénéficient l'un et l'autre de la note maximale «AAA» -- a atteint 119 points de base (1,19 point de pourcentage ) vers 11H00.

Le «spread» s'inscrivait ainsi en hausse par rapport à son niveau de jeudi, qui était de 115 points de base (1,15 point de pourcentage).

«Il faut être réaliste, aux yeux du marché la France a déjà perdu son précieux +triple A+», commente Philippe Hab, gérant de fonds pour la société de gestion SPGP.

Coup de canif de Moody's

L'agence d'évaluation financière Moody's Investors Service a donné lundi un premier coup de canif à la sacro-sainte note française, en annonçant qu'elle se donnait trois mois pour déterminer si sa perspective «stable» était toujours justifiée au vu de la dégradation de la situation économique.

Dans un scénario du pire, qui tente d'extrapoler les conséquences d'une rechute violente dans la récession de la zone euro, sa concurrente Standard & Poor's a envisagé de son côté une baisse de la note de la France d'un cran, à «AA+», selon une étude communiquée vendredi.

«Ces simulations ne reflètent pas les hypothèses de base de Standard & Poor's, qui sont celles intégrées dans les notes actuelles», a toutefois précisé une porte-parole de l'agence américaine.

Conserver le fameux «triple A» va s'avérer très difficile, aux yeux des experts.

Période électorale à risque

«On voit mal comment, en période électorale, le gouvernement va pouvoir satisfaire les agences de notation en améliorant les finances publiques. Des hausses d'impôts et une réduction des dépenses sont difficilement envisageables dans les mois qui viennent», estime Philippe Hab.

La France bénéficie actuellement de la meilleure note possible de la part des agences de notation, ce qui lui permet d'emprunter sur les marchés dans des conditions très favorables pour financer ses déficits budgétaires.

De leur côté, les taux français --qui évoluent en sens inverse des prix-- s'affichaient en hausse. L'obligation française à 10 ans voyait ainsi son taux se tendre à 3,207%, contre 3,144% jeudi soir en clôture.

Quant aux CDS, les contrats d'assurance contre le défaut de remboursement, sur la France, ils ressortaient à 190 points de base.

Cela signifie que pour s'assurer contre le défaut de paiement de l'Etat français sur une dette de 10 millions d'euros à échéance de cinq ans, un investisseur devra s'acquitter de 190.000 euros par an.