Jean-Claude Trichet veut une réforme des traités européens mais ne veut pas entendre parler de démondialisation

ECONOMIE Le président de la Banque centrale veut éviter que des Etats créent des problèmes aux autres...

Avec Reuters

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Jean-Claude Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne, à Francfort, le 4 août 2011.
Jean-Claude Trichet, le président de la Banque Centrale Européenne, à Francfort, le 4 août 2011. — F. RUMPENHORST / DPA / AFP

L'Union européenne doit réformer ses traités pour empêcher à l'avenir un de ses Etats membres de créer des problèmes pour les autres, comme c'est le cas actuellement, notamment pour la Grèce, a estimé dimanche le président de la Banque centrale Jean-Claude Trichet. Il s'exprimait sur Europe 1 à deux semaines à la fin de son mandat, et au moment où les pays européens tentent d'endiguer la crise provoquée par la dette grecque et ses conséquences sur les banques qui lui ont prêté de l'argent.  «Il faut réfléchir à l'avenir. Demain, à mon avis il faut changer le traité pour être capable d'empêcher un membre de la zone euro de vagabonder et de créer des problèmes pour tous les autres», a-t-il déclaré.

Opposé à la démondialisation mais favorable à une meilleure gouvernance mondiale

Le président de la banque centrale européenne s'est également opposé implicitement à l'idée de «démondialisation» mais a dit y voir un message en faveur d'un renforcement de la gouvernance économique mondiale dont, selon lui, il faut tenir compte. Cette idée, défendue par le candidat à la primaire socialiste française pour l'investiture à la présidentielle de 2012, Arnaud Montebourg, est actuellement au centre du débat politique en France.  

Pour Jean-Claude Trichet, elle n'est pas recevable si on parle de freiner les échanges économiques mondiaux car cela supposerait notamment d'empêcher le développement de pays jadis pauvres où le niveau de vie reste bas. «Il faut dire à ceux qui sont dans les pays émergents qu'on n'est pas très contents de leur propre développement et donc qu'on entend bien que leur développement soit entravé», a-t-il dit sur Europe 1. Il a rappelé que ce développement de pays du Tiers-Monde et donc la concurrence qu'ils font aux pays industrialisés est l'objectif de la communauté internationale depuis 1945. Le président de la BCE a cependant dit voir dans ce slogan politique de «démondialisation» un message. «Je l'interprète comme 'il faut renforcer la gestion, la gouvernance de la mondialisation et la renforcer dans tous les domaines'», a-t-il dit.

Clin d'oeil aux indignés

Jean-Claude Trichet a adressé un clin d'oeil aux «indignés» qui ont manifesté samedi dans le monde entier, en disant adhérer en partie à leur message.  «Il y a évidemment un ensemble de leçons à tirer de la crise qui sont des leçons très dures: il n'est pas possible de laisser un système financier et par voie de conséquence un système économique au niveau mondial qui soit aussi fragile», a-t-il dit.

Il prône donc un renforcement des règles et des contraintes imposées à la finance. «J'interprète une partie du message qui nous vient de ce mouvement comme allant précisément dans ce sens» , a-t-il ajouté. Il a dit s'opposer cependant à «démolir» les banques car, souligne-t-il, elles financent les trois quarts de l'économie, mais il a dit être d'accord pour renforcer les règles de prudence, et s'est adressé aux banques réticentes. «Même si, de votre point de vue, vous voyez que c'est contraignant, nous vous disons que ça va protéger l'ensemble de l'économie», a-t-il dit.