Une taxe mondiale sur les transactions financières "pas réaliste"

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Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a admis samedi qu'il n'était "pas réaliste" d'instaurer une taxe sur les transactions financières au niveau mondial, et que le mécanisme serait limité à l'Europe.

"Il est apparu clairement que nous devions l'instaurer en Europe", a dit le ministre à l'issue de discussions avec ses homologues du G20 à Paris vendredi et samedi. "Ce n'est pas réaliste à l'heure actuelle" de vouloir en faire une taxe mondiale, a-t-il dit.

Les Etats-Unis et le Canada, mais aussi la Chine et la Russie sont opposés à une telle taxe, nouvelle mouture de la "taxe Tobin" défendue depuis des années par les associations de lutte contre la pauvreté, et que Paris et Berlin appellent désormais de leurs voeux.

"Nous avons eu plaisir à entendre que la position de la Fédération de Russie de ne pas introduire cette taxe a été soutenue par la plupart des pays qui se sont exprimés", s'est félicité après la réunion de samedi le ministre russe des Finances par interim Anton Silouanov.

Les Européens ont convenu de mettre en oeuvre cette taxe en Europe, et la Commission européenne doit faire des propositions en ce sens prochainement. Mais au sein de l'Union européenne plusieurs pays y sont opposés aussi, comme le Royaume-Uni qui craint pour sa place financière de Londres et la Suède.

Cette semaine, M. Schäuble avait déclaré que si la taxe ne pouvait pas se faire au niveau européen, l'Allemagne était prête à faire cavalier seul sur ce dossier qui lui tient à coeur.

"L'Allemagne ne sera pas seule, il y aura au moins la France avec elle", a répondu la France, assurant que, si un accord n'était pas possible au niveau de l'Union européenne, la taxe pourrait être mise en place au sein de la zone euro.

Le sujet doit être remis sur le tapis au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 à Cannes (sud-est de la France) les 3 et 4 novembre.

Dans une lettre commune à leurs homologues du G20, les ministres des Finances français et sud-africain, François Baroin et Pravin Gordhan, ont défendu les "financements innovants" pour lutter contre le changement climatique, notamment les "taxes carbone" visant les "émissions de gaz à effet de serre produites par le transport maritime et aérien international".

Ils disent également soutenir la taxe sur les transactions financières.

"Il reste moins de trois semaines à la France pour rassembler la plus grande coalition possible en faveur de la taxe Robin des bois", a souligné l'organisation non gouvernementale Oxfam, saluant le soutien de l'Afrique du Sud comme "un grand pas en avant". "Le Royaume-Uni et les autres pays qui s’opposent farouchement à la taxe sur les transactions financières doivent faire passer les besoins des populations pauvres avant ceux des banques et des fonds spéculatifs", estime l'association ONE, créée par la rockstar irlandaise Bono.

L'initiative de la France et de l'Afrique du Sud "donne forme à une coalition de pays pionniers posée comme condition préalable par la présidence française" du G20 à l'instauration d'une telle taxe. "Toutes les conditions sont désormais réunies pour que le sommet du G20 entérine cette proposition et les Européens n'ont plus d'excuse", a insisté ONE.