Économie

Quand des géants de l'industrie jouent aux banquiers

En Allemagne, des groupes industriels se font banquiers pour se prémunir contre une nouvelle crise de ce secteur et le risque d'une pénurie du crédit qui préoccupe notamment les PME, colonne vertébrale de l'économie du pays.

En Allemagne, des groupes industriels se font banquiers pour se prémunir contre une nouvelle crise de ce secteur et le risque d'une pénurie du crédit qui préoccupe notamment les PME, colonne vertébrale de l'économie du pays.

"A l'avenir le financement d'entreprise à entreprise sera l'une des clés du succès", prédit Achim Schulz, directeur d'un cabinet de conseil pour banques et entreprises à Munich (sud).

Car selon lui, "il faudra encore longtemps patienter avant que le crédit bancaire fonctionne de nouveau normalement".

"La demande de solutions financières d'entreprise à entreprise augmente rapidement", constate aussi le conglomérat industriel allemand Siemens qui a élargi début octobre son offre de services financiers, après avoir obtenu une licence bancaire en Allemagne fin 2010.

Cette branche, Siemens Financial Services (SFS), veut doubler d'ici trois à cinq ans ses actifs qui pèsent déjà près de 13 milliards d'euros, pour croître en parallèle avec les autres activités du groupe.

Siemens s'inspire du modèle de son concurrent américain General Electric, qui possède depuis longtemps une filiale bancaire, GE Capital, active dans le monde entier.

SFS et GE Capital proposent quantité de services spécialisés pour les petites et moyennes entreprises (PME), mais fournissent aussi des crédits pour financer des achats de biens d'équipement, que ce soit leurs propres produits ou non.

La pratique du crédit-bail (leasing) est déjà bien connue des constructeurs automobiles ou des avionneurs Boeing et Airbus. Elle leur permet de maintenir leur niveau de commandes même en cas de crise et fidéliser leurs clients.

Récemment encore, le patron d'Airbus, Thomas Enders, a déclaré que sa compagnie était prête à aider les compagnies aériennes à financer l'achat de leurs avions en cas de dégradation de la conjoncture économique, comme le groupe l'avait déjà fait en 2009 et 2010.

Les conditions plus dures pour obtenir des crédits frappent toutefois avant tout les PME, notamment celles de moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, trop petites pour se financer sur les marchés, selon M. Schulz.

En Allemagne il faut actuellement "entre trois et quatre mois" pour obtenir un nouveau crédit, contre deux mois avant la crise financière de 2008, ce qui "bloque ou reporte" des projet entiers, notamment dans le solaire et les nouvelles technologies, déplore-t-il.

Les groupes industriels alimentent essentiellement leurs services financiers avec leurs réserves de liquidités. Mais grâce à la licence bancaire, ils peuvent aussi se refinancer en Europe auprès de la Banque centrale européenne (BCE) en cas de besoin.

La BCE peut aussi permettre de mieux rémunérer des dépôts. C'est à cette fin que Siemens a ainsi retiré en juillet un placement auprès de la Société Générale et l'a transféré à la BCE.

"Les grands groupes ne sont plus prêts à payer autant qu'avant aux banques", selon Horst Löchel, professeur d'économie à la Frankfurt School of Finance, qui voit aussi dans la décision de Siemens un signe de la "confiance perdue" dans les banques.

Toutefois "la diversification d'une entreprise dans les services financiers va rester une exception, presque un hobby", estime Roman Fust du groupe allemand Würth, numéro un mondial des matériels de montage et de fixation, qui s'est aussi inspiré à partir des années 1980 du modèle de GE Capital en se dotant de ses propres services financiers et d'une banque à part.

"Mais cela aide les PME à accéder à des sources de financement alternatives quand les banques éprouvent des difficultés à allouer des crédits", notamment en Allemagne où les PME sont "très dépendantes des crédits bancaires", remarque-t-il.