Crise de la dette: ses partenaires demandent à l'Europe d'abattre son jeu

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Les pays du G20, réunis samedi à Paris, sont prêts à aider l'Europe à en finir avec la crise de la dette, afin que le monde puisse renouer avec la croissance, mais à condition qu'elle prenne ses problèmes à bras le corps.

Concrètement, un certain nombre de pays émergents dont le Brésil et la Chine semblent favorables à un renforcement des moyens financiers du Fonds monétaire international (FMI), pour lui permettre de soutenir l'Europe si la crise s'étendait à des grosses économies comme l'Italie et l'Espagne.

Mais "tout le monde attend de voir si les Européens font ce qu'ils doivent faire avant d'abattre ses cartes", explique une source proche des négociations, "personne ne veut donner un chèque en blanc à l'Europe".

L'idée est loin de faire l'unanimité: si la France y est favorable, l'Allemagne est très réticente, et les Etats-Unis bloquent. Différentes pistes devraient être explorées samedi et dans les semaines à venir, avant le sommet des dirigeants du G20 à Cannes, dans le sud-est de la France, les 3 et 4 novembre.

La réunion des ministres des Finances des vingt principaux pays riches et émergents, commencée vendredi soir et qui devait se terminer samedi après-midi, sert officiellement de simple préparation à celle de Cannes.

Mais alors que les Européens ont promis de trouver de vraies solutions à leur crise de la dette lors d'un sommet à Bruxelles le 23 octobre, elle sera surtout l'occasion pour les autres pays du G20, inquiets pour la croissance mondiale, de les sonder sur les dossiers les plus urgents du moment: le sort de la Grèce, pour laquelle une restructuration d'envergure de la dette se dessine, la recapitalisation des banques européennes et le renforcement de la "puissance de feu" du Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour les pays fragiles de la zone euro.

Le G20 servira "à nous coordonner, à expliquer notre politique", a déclaré vendredi soir le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, assurant que les Européens étaient "conscients de leur responsabilité". "Cela sera redit", a-t-il assuré.

Cette responsabilité, les dirigeants des autres pays du G20 ne perdent pas une occasion de la rappeler à la zone euro, dont les problèmes qui font tache d'huile hypothèquent la croissance mondiale.

Les Européens sont "à la traîne depuis un an", a jugé vendredi le ministre sud-africain des Finances Pravin Gordhan. "Le temps est venu de démontrer le leadership et la détermination" nécessaires pour rassurer "des milliards de personnes à travers le globe", a-t-il asséné.

Le président américain Barack Obama, qui a déjà à plusieurs reprises manifesté son impatience à l'égard des Européens, a appelé vendredi soir la chancelière allemande Angela Merkel pour évoquer la situation en zone euro.

Mais le ton en provenance de Washington est désormais plus bienveillant qu'il y a encore quelques semaines. "L'Europe avance clairement", a déclaré le secrétaire au Trésor Timothy Geithner. "Mais bien sûr le plus dur reste à faire", a-t-il dit.

Dans la course à une solution européenne, la France et l'Allemagne se sont attribuées un rôle moteur. M. Schäuble a été reçu à déjeuner par le président français Nicolas Sarkozy vendredi midi, et les deux responsables ont "bien avancé", a assuré le ministre français des Finances François Baroin.

Le sujet le plus épineux est assurément la recapitalisation des banques européennes, que l'hypothèse d'un défaut de paiement partiel de la Grèce et d'une dépréciation de leurs titres en portefeuille fragilisent. Les banques allemandes ont exprimé à plusieurs reprises leur aversion face à une "recapitalisation forcée".

Jusqu'ici, la crise européenne a éclipsé les autres priorités de la présidence française du G20. Paris espère pourtant obtenir samedi un accord sur la gestion des flux de capitaux qui autorise les pays émergents à se protéger, dans certains circonstances, contre des mouvements précipités.

Mais le sujet le plus délicat sera le yuan: la France rêve d'obtenir d'ici début novembre de la Chine un calendrier en vue de la convertibilité de sa monnaie, clé aux yeux des Occidentaux d'un rééquilibrage de l'économie mondiale.