Transports publics: Gare à la flambée des tarifs

MOBILITES Aux Rencontres nationales du transport public à Strasbourg, professionnels, spécialistes et élus s'accordent sur une future hausse du prix des transports publics. Elle pourrait même être conséquente, pour rattraper le déficit de recettes accumulé ces dernières années...

Mickaël Bosredon
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Tramway T1 Arret Cosmonautes.Saint-Denis, le 1 septembre 2011.
Tramway T1 Arret Cosmonautes.Saint-Denis, le 1 septembre 2011. — ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

Cette fois-ci, on y va tout droit. La question de la hausse du tarif des transports ne fait même plus débat. Aux Rencontres nationales du transport public à Strasbourg, où l’on croise depuis mercredi  12 octobre le gotha des opérateurs et industriels du secteur, ainsi que des élus de la France entière, la question est en tout cas tranchée: l’usager va passer à la caisse.

«Les tarifs n’ont pas suivi l’évolution du coût des transports, et la baisse du ratio recettes/dépenses se poursuit depuis les années 1970», analyse Bruno Faivre d’Arcier, chercheur au Laboratoire d'économie des transports de Lyon. Le coupable? Les abonnements voyageurs: «L’accroissement des abonnements a conduit à davantage de fréquentation dans les transports, mais sans recette supplémentaire.» «On ne fait pas assez payer le client», assène de son côté Dominique Bussereau, président du conseil général de la Charente-Maritime. L’ancien secrétaire d'Etat aux Transports souligne que la recette par voyageur a baissé de 20% en une quinzaine d’années, et que le prix des transports reste faible en France, comparativement aux autres pays européens.

«Une population solvable qui peut payer davantage»

«Entre 1999 et 2011, nous avons enregistré une perte sur les abonnements de 7,2% en euros constants, alors que l’offre kilométrique des transports publics a progressé de 16%», constate Michel Bleitrach, président du directoire de Keolis, filiale de la SNCF, et président de l’Union des transports publics (UTP). «Est-ce que cette tendance peut se poursuivre? Je ne le pense pas.» Chez le concurrent Veolia/Transdev, on va dans le même sens. «Il y a une population solvable qui peut payer davantage», n’hésite pas à lancer Francis Grass, directeur adjoint France chez Veolia/Transdev. Le public visé: les actifs de 25 ans et plus qui ont un emploi, et les seniors. Les opérateurs sont d’autant plus convaincus de la nécessité d’une hausse, qu’ils assurent «ne jamais avoir enregistré de baisse de fréquentation après une augmentation des tarifs.»

A la SNCF, Jean-Pierre Farandou, directeur général de la branche proximités, s’inquiète d’une certaine «dérive»: «L’usager ne participe qu’à hauteur de 25% dans les coûts de production des TER, qui sont de quatre milliards d’euros. C’était 30% il y a quelques années. La tendance n’est pas bonne, et quand on voit des opérations de promotion à un euro le billet de TER, c’est inquiétant, car cela amène du trafic supplémentaire qu’on ne sait pas toujours traiter, sans générer de recette.»

Transport: un bien public ou pas?

La hausse des tarifs ne se fera pas de n’importe quelle façon. «Il faut des stratégies différentes selon que l’on s’adresse à la clientèle des abonnés, des occasionnels, des exceptionnels», affirme Patrick Jeantet, directeur général délégué de Keolis. Très présente dans les petites agglomérations, la filiale de la SNCF ajoute même qu’il «convient de positionner les gammes tarifaires selon la concurrence locale. Dans les petites villes, le coût de la voiture n’est pas très cher, parce que le prix du stationnement est bas, et que l’on y circule relativement bien. Difficile dans ce contexte de proposer des tarifs de transport public élevés. Dans les grandes métropoles c’est exactement l’inverse, on peut donc se permettre d’augmenter les tarifs.»

Quasiment plus aucun élu local n’ose dire que les tarifs n’augmenteront pas. Même si certains espèrent qu’il existe «peut-être d’autres solutions», s’aventure Joël Carreiras, vice-président du Grand Toulouse. «Derrière ce débat, se pose la question de savoir si le transport est un bien public ou pas, et donc qui le finance: l’usager ou le contribuable? Il y aura des arbitrages à faire de la part des collectivités, dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat.»