Comment l'Europe prépare ses banques à une faillite grecque

ECONOMIE Les dirigeants européens planchent sur un plan de recapitalisation...

Thibaut Schepman

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Les banques européennes connaîssent des plus bas historiques en Bourse.
Les banques européennes connaîssent des plus bas historiques en Bourse. — J. BRINON / AP / SIPA

Il est désormais acquis qu’il faudra effacer un peu plus l’ardoise de la Grèce. Les autorités européennes ont commencé mercredi à préparer ses principaux créanciers, c’est-à-dire les banques du continent, à un possible défaut partiel grec.  20minutes revient sous forme de questions-réponses sur ce plan lancé mercredi par le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso.

Pourquoi faut-il recapitaliser les banques ?

Parce que l’Europe prévoit de les mettre à contribution pour résoudre la crise de la dette, en effaçant certaines créances de la Grèce. Le 21 juillet dernier, une « décôte » de 21% avait été décidée de concert. Mais, selon plusieurs sources européennes, les pertes que devront accepter les investisseurs privés sur leurs obligations grecques dans le cadre du nouveau plan devraient être revues à la hausse, entre 30 et 50%. L'institut international de la finance (IFI), évoque également une décote de 39%. De plus,  mercredi, les superviseurs bancaires souhaitaient également durcir la réglementation en termes de fonds propres. Certaines banques risquent donc de manquer de liquidités, et auront besoin d’aide.

Qui pourrait payer ?

La feuille de route lancée mercredi par José-Manuel Barrosso prône une recapitalisation via des fonds privés, qui ne seront suppléés par des fonds publics, puis par d'éventuels prêts du FESF, qu'en cas de réponse négative du marché. La France, qui insistait en coulisses depuis plusieurs jours pour une utilisation du FESF comme instrument de coordination dans la recapitalisation des banques, a donc annoncé mercredi qu'elle n'y aurait finalement pas recours.  La solution d’une recapitalisation directe des Etats est également abandonnée.

Quand ce plan doit-il être mené à bien ?

Toute la difficulté réside dans le timing. En effet, sans action coordonnée et simultanée, toute recapitalisation serait un échec explique Gunther Cappelle-Blancard. Les dirigeants européens projettent donc d’adopter un plan de recapitalisation des établissements des Vingt-Sept lors de la réunion des ministres européens des Finances qui doit avoir lieu le 21 octobre. Soit à l'avant-veille du sommet européen dédié lui au nouveau plan de renflouement de la Grèce, qui doit réduire la dette d'Athènes de manière bien plus importante que cela n'avait été envisagé en juillet et donc revoir à la hausse la contribution « volontaire » du secteur privé. « Nous devons parvenir à un accord lors du sommet européen du 23 octobre », a ajouté José-Manuel Barroso.

Quelles conditions restent à remplir pour y parvenir ?

Pour ajouter une difficulté, une date a fait son entrée dans cet agenda difficile. Reste en effet une condition sinéquanone à ces deux plans : la ratification du nouveau fonds européen de stabilité financière (FESF), qui doit financer à la fois le plan d’aide à la Grèce et peut-être une partie de la recapitalisation des banques. Or le dernier pays à devoir s'exécuter, la Slovaquie, ne planchera sur le texte que vendredi, après un premier refus mardi.

Reste aussi à trouver un accord sur des réformes structurelles. «Les réponses partielles aux différents aspects de la crise ne sont plus suffisantes. Nous avons besoin de prendre les devants», a ainsi déclaré Barroso mercredi. Le document du président de la Commission européenne contient donc deux autres volets. Le premier concerne l'accélération de mesures actuellement discutées à Bruxelles et destinées à doper la croissance européenne et le second la mise en œuvre plus rapide que prévue du mécanisme européen de stabilité (MES). Ce MES, qui devait entrer en vigueur le 1er juillet 2013, commencerait finalement à opérer le 1er juillet 2012 selon les vœux de la Commission. Il inclut notamment un dispositif permettant à un pays de faire défaut sur sa dette de manière ordonnée. Mais, là encore, il faudrait un accord des 27. Ce qui se fait bien rare en ce moment.