Comment obtenir ce qu'on veut de son banquier en temps de crise

INTERVIEW Crise oblige, les relations entre les établissements financiers et les clients se durcissent. Voici quelques conseils de Serge Maître pour apaiser les tensions avec son banquier...

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

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Une agence de la Société Générale à Dunkerque.
Une agence de la Société Générale à Dunkerque. — P. HUGUEN / AFP

Il y a de l'orage dans l'air. Sur fond de ralentissement économique et de crise de la zone euro, les banques et les usagers sont parfois à couteaux tirés. Comment éviter le clash? 20Minutes donne la parole à Serge Maître, délégué général de l'Association française des usagers de banque (Afub).

Les rapports entre banques et particuliers sont-ils plus compliqués?

Nous avons de plus en plus de témoignages d'usagers qui ne comprennent pas qu%u2019après avoir fait de mauvaises affaires, les banques puissent à nouveau bénéficier du soutien de l'Etat via des recapitalisations. Il y a une tension réelle entre les banques et les clients. Nous n'avons jamais reçu autant de dénonciations de refus de crédit. Certains attendent deux à trois mois avant d'obtenir une réponse pour un crédit immobilier. Voici de quoi inquiéter, si ce n'est angoisser.

Dans ce contexte, quels sont vos conseils pour bien s'entendre avec son banquier?

D'abord, anticiper. Quand on demande un découvert ou un crédit, il ne faut pas se contenter de réponses évasives. Exigez des réponses claires et confirmez votre demande par courrier. Dans le cas par exemple d'un crédit immobilier, aujourd'hui, ne venez pas demander un crédit sur 25 ans, ils sont très difficiles à obtenir. Un apport personnel est également indispensable. Sous les 5%, on risque le refus. Le banquier qui n'a jamais été Crésus l'est encore moins aujourd'hui.

Quand survient une difficulté, évitez toutes les discourtoisies qui sont inutiles et qui n'avanceront à rien. Il faut se souvenir que la personne en face de vous est un simple employé qui ne fait qu'appliquer les directives. Si la situation est bloquée, il faut passer par le service clientèle avant de s'adresser au médiateur de la banque. Malgré tout, à l'Afub, nous avons une faible croyance dans l'utilité de cette dernière démarche.

Faut-il faire jouer la concurrence alors?

En théorie, oui. Sauf qu'en France, les réseaux commerciaux des banques ont parfois tendance à se ressembler.

Que faire quand on est confronté à des fins de mois difficiles?

Demander une augmentation de découvert. Si la procédure s'allonge, il faut essayer d'opter pour un crédit renouvelable, dont le taux tourne généralement autour de 13%, ce qui vous évitera des frais à payer sur votre compte courant en fin de mois.

Quand la banque s'oppose à vous systématiquement, on peut être tenté d'aller à la concurrence. Mais vous n'obtiendrez jamais un découvert qui va dépasser, cela dépend de vos revenus, entre 50% et 100% d'un mois de salaire.

En tout dernier ressort, il existe un joker qui s'applique aux personnes qui ont perdu leur emploi ou qui sont confrontées à une chute brutale de leurs ressources. Dans ce cas, il est possible de ne pas payer ses traites dans un délai qui peut aller jusqu'à 24 mois et ce sans frais et sans intérêt. Il s'agit de l'article L313-12 du Code de la consommation.

Pour faire valoir cette situation, on peut s'adresser à sa banque, mais rares sont celles qui vous accordent plus de six mois de dispense tout en appliquant des intérêts supplémentaires. Sinon, il faut s'adresser au tribunal d'instance. Dans le cadre d'une procédure en référé, l'affaire sera entendue dans les 15 jours. Il 'est pas nécessaire d'être représenté par un avocat et le taux de réussite est de 99%.