Bourse: Pourquoi les traders investissent Twitter

ECONOMIE De plus en plus de traders se servent à haute dose de ce réseau social dans leur quotidien...

Thibaut Schepman

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Un trader observe les cours sur son ordinateur à Francfort en Allemagne le 8 août 2011.
Un trader observe les cours sur son ordinateur à Francfort en Allemagne le 8 août 2011. — AFP PHOTO / DANIEL ROLAND

« Plus les bourses s’effondrent, plus je gagne de followers (des suiveurs, ou abonnés sur le réseau Twitter, ndlr)». La boutade est récurrente chez les traders twittos. Il faut dire que depuis l’effondrement des cours boursiers en août, les «opérateurs de marché» inscrits sur Twitter ont gagné en visibilité. Et ils s’en donnent à cœur joie pour diffuser mais surtout commenter et ironiser sur les informations financières.

 «BNP Paribas, la banque d'un monde qui flambe», lance le 15 septembre le trader et blogueur Fabrice Pelosi, au milieu d’une dizaine de tweets indiquant en temps réel l’évolution des principaux indices qui grimpent ce jour-là. Comme lui, de nombreux traders assurent un suivi régulier des yo-yo des marchés. «Quelle heure est-il en Grèce? Bouah il doit être Default-moins-le-quart!», s’amuse ainsi le 20 septembre un trader qui répond au surnom de Gordon Gekko, le trader requin du film Wall Street. Une touche d’humour léger qui côtoie de très nombreux tweets sérieux et blagues de beaucoup moins bon goût.

 «J’ai vu mon travail devenir beaucoup plus passionnant qu’avant»

«On exprime de façon imagée des sensations ou des quantités», explique Eric Valatini, trader en Asie et inscrit sur Twitter depuis 2009. «Entre traders, l’ambiance ressemble plus à un vestiaire de rugby qu’aux bancs de l'ENA. Se dire les choses frontalement évite les ambigüités», poursuit-il. «Twitter n’est pas régulé, c’est le far-west. On prend le pouls des marchés», confirme un autre trader, qui souhaite garder l’anonymat.

Or, «sentir l’humeur du marché» peut se révéler très utile. Des chercheurs assurent même que la tonalité positive ou négative des tweets permettrait de prédire les cours boursiers. «Si l'on veut bien admettre que les marchés sont essentiellement dirigés par la psychologie, Twitter peut prendre une certaine importance», confirme Bernard Prats-Desclaux, trader et auteur de Trading et contrats futures. L’investisseur explique: «Il y a deux semaines, la plupart des intervenants faisaient preuve d'un pessimisme noir sur le sens du marché. Comme souvent dans ces cas-là, le marché a remonté, prenant à contrepied ceux qui se laissent uniquement guider par leurs émotions et non par des faits objectifs, techniques ou fondamentaux.»

 Au-delà de ces réactions à chaud, de plus en plus de «golden boys» jonglent désormais entre les traditionnels fils d’actualité spécialisés (Bloomberg, Reuters) et Twitter pour trouver de nouvelles informations. «On y trouve des liens qui nous avaient échappé, des informations de sites spécialisés ou inconnus, bref des choses que l’ont n’aurait pas trouvé autrement. Pour moi, c’est là que réside l’énorme valeur ajoutée de Twitter. J’ai vu mon travail devenir beaucoup plus passionnant qu’avant grâce à ce stock nouveau d’informations de qualité, et j’adore ça», détaille Eric Valatini.

 Risque de rumeurs?

L’appétit des traders pour Twitter fait toutefois naître, comme dans toutes les professions, des inquiétudes sur le risque de propagation de rumeurs. Si les traders interrogés assurent qu'ils n'achètent ou ne vendent pas un titre à la seule lecture de tweets, il est avéré que la fausse information qui a fait plonger la Société générale en août dernier a ainsi été propagée, notamment, via le réseau social.Faut-il incriminer le réseau social? «Je ne pense pas que Twitter soit responsable, relativise Eric Valatini. Notre travail en salle de marché est justement de gérer les rumeurs, d’évacuer 90% des informations non confirmées pour garder seulement les 10% utiles. Nous sommes structurellement adaptés à l’excès permanent d’informations, parfois fausses.» Bernard Prats-Desclaux partage son opinion: «Il n’y a pas de changement spécifique avec Twitter, mais un changement réel avec Internet depuis déjà plusieurs années. Tout va toujours plus vite, il faut être toujours plus réactif.» Comme dans une salle de marché mondiale, avec les mêmes usages et les mêmes dangers.