Le mutisme des autorités françaises concernant l’avenir des banques

ECONOMIE Les autorités françaises rechignent à dévoiler leurs intentions...

Reuters

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François Baroin lors du G7 des ministres des Finances, à Marseille, le 9 septembre 2011.
François Baroin lors du G7 des ministres des Finances, à Marseille, le 9 septembre 2011. — AFP PHOTO GERARD JULIEN

Les négociations censées aboutir à un démantèlement de Dexia ont commencé jeudi avec la Belgique et le Luxembourg.

Pourtant la France n’a pas voulu s'exprimer sur ces discussions, tandis que le gouvernement belge prévenait publiquement Paris que la Belgique n'entendait pas supporter seule le poids du sauvetage et que le Luxembourg indiquait qu'il négociait la vente de la filiale luxembourgeoise de Dexia.

Pour les autres banques françaises, le ministre des Finances François Baroin, qui a expliqué pendant des semaines qu'elles ne connaissaient d'autre problème que l'effondrement de leur valeur boursière - et qu'elles n'avaient pas besoin d'être recapitalisées - a seulement dit sa préférence pour une solution européenne, sans confirmer la nécessité de ce soutien.

Réponse européenne

«La question n'est pas nationale, elle est européenne, la réponse ne sera pas nationale, elle sera européenne, si réponse il doit y avoir», a-t-il ainsi dit mercredi aux députés.

Une fois le feu vert de l'ensemble des parlements de la zone euro donné, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) «pourra aider les Etats à recapitaliser les établissements bancaires qui en ont le besoin», a-t-il souligné.

La France isolée?

Cette position tranche avec celle de la chancelière allemande Angela Merkel et du président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker qui souhaitent que d'éventuelles interventions publiques se fassent d'abord au niveau national, le FESF n'étant pour eux qu'un dernier recours.

Contrairement aux Français, Angela Merkel a surtout clairement dit qu'elle était prête à une intervention publique directe en Allemagne.

La Commission européenne a quant à elle déclaré jeudi qu'elle proposerait prochainement une action coordonnée de recapitalisation des banques européennes.


Capharnaüm

«Dans ce capharnaüm européen, les Français ont pour une fois raison de ne pas trop parler», estime Marc Touati, économiste chez Assya Compagnie Financière.

«On aimerait que la France parle mais, pour parler, il faut que ce soit crédible. Si on parle, on doit agir : on ne parle que si les décisions sont prises», poursuit-il. «Mais il faut aussi rassurer, car si on ne parle pas trop longtemps, ça crée des incertitudes et des rumeurs».

Les Français n'ont en particulier pas commenté un des principaux enjeux de la négociation concernant Dexia: la part des garanties publiques promises à la banque franco-belge que devront chacune assumer la France et la Belgique.

«Ce sera une garantie qui portera sur le financement et qui sera rémunérée», a seulement dit le Premier ministre français François Fillon. «Personne ne peut dire à l'avance que cette garantie coûtera aux contribuables français même si, naturellement, dans chaque opération de garantie, il y a un risque».

Des sources parlementaires ont indiqué jeudi que l'amendement au projet de budget de la France pour 2012 qui instaurera cette garantie pourrait être examiné le 8 novembre par la commission des Finances de l'Assemblée nationale.

Evolution

Pour les autres banques, la communication des autorités françaises a évolué, à mesure que la crainte s'installait sur les marchés financiers.

Quand des informations sur des difficultés de financement sont apparues, les Français se sont d'abord appuyés sur l'engagement des banques centrales, obtenu au G7 Finances le 9 septembre, qu'elles fourniraient les liquidités nécessaires, puis sur l'annonce de la reprise de leurs financements en dollars.

Fin septembre, alors que les banques françaises continuaient de subir la pression des marchés, le gouverneur de la Banque de France a expliqué que le dispositif de soutien crée en 2008 à la suite de la faillite de Lehman Brothers était toujours disponible en cas d'événement «extraordinaire».

Vendredi, Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il pourrait évoquer dimanche la question d'une recapitalisation éventuelle des banques avec la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

«Il y a eu beaucoup moins de prise de risque ces dernière années qu'en 2008», estime Marc Touati. «En 2008, les banques françaises étaient en danger, je pense qu'on n'est pas aujourd'hui dans la même situation, à part pour Dexia».